Quelle surprise. Hank Green, le grand frere souriant de l'edutainment YouTube, vient de confesser que son usage des grands modeles de langage « n'est pas sain » pour lui, ni pour le monde. C'est beau, c'est vulnerable, c'est tres 2025. Mais surtout, c'est un aveu qui arrive apres des annees a vendre du progres technologique a des millions de gamins.
Le guru de la science se prend une giclée de dopamine
Dans une video, l'homme qui a fait des dizaines de millions de vues a expliquer le fonctionnement des choses a soudain compris que discuter avec une machine a statistiques lui procurait des pics de dopamine « pas sains ». Comme si on decouvrait que le sucre, c'est sucré. Comme si on annoncait que l'eau mouille. LLM, algorithme de recommandation, notification pouce en l'air : tout est concu pour rendre accro, et il a fallu a Hank Green — Hank Green, le mec qui a bâti son empire sur la transmission du savoir — des mois d'usage intensif pour s'en rendre compte.
La ou c'est croustillant, c'est qu'il ne s'excuse pas aupres de ses spectateurs. Il s'excuse aupres de lui-même. « Pas sain pour moi ou bon pour le monde », dit-il. Le monde, on l'attend. Quels sont les effets sur les travailleurs de l'ombre qui annotent les donnees ? Sur les enseignants qui doivent noter des dissertations genérées par IA ? Sur les cerveaux en formation qui absorbent des « faits » hallucines ? Rien. Le monde, c'est son portefeuille de dopamine.
L'AIA comme machine à sous pour intellectuels
Ce que Green découvre, c'est le mecanisme de base des machines a sous : la recompense variable. Un prompt, une reponse brillante ou fausse — parfois les deux —, une petite victoire cognitive. Le cerveau aime ca, et l'industrie le sait. Chaque startup d'IA vous vend une « augmentation de productivité » ; en realité, elle vend une seringue de stimulants elegants. Hank Green, lui, a eu le courage de le dire. Mais il continue d'utiliser l'outil, car il est deja trop tard.
Qui se goinfre ? Pas Hank, qui est d'ailleurs un contributeur honnete au mouvement pour une IA responsable. Non, ceux qui se goinfrent sont les Sam Altman de ce monde, qui ont converti le moindre espoir en milliards de valorisation. Et pendant ce temps, les « créateurs » de contenu se cachent derrière des chatbots pour produire toujours plus de vide, toujours plus vite. Hank Green est suffisamment lucide pour voir la merde. Mais il ne lâche pas le manche.
Le syndrome de la lucidité impuissante
Le probleme, ce n'est pas que Hank Green utilise l'IA. Le probleme, c'est qu'il se sent mal de l'utiliser, et qu'il n'arrive pas à arreter. C'est exactement le profil du fumeur qui vous explique que fumer tue, en tirant sur sa cigarette. Il a compris le systeme, mais le systeme a aussi compris son cerveau. LLM = cerveau affamé. Chaque réponse est une recompense. Chaque question est une pièce dans la machine. Et on s'étonne que la génération Z ne sache plus lire plus de trois paragraphes sans défilement.
Alors merci Hank pour cette introspection. C'est très touchant. Mais nous, on ne pleurera pas. On attend la prochaine étape : soit il coupe les ponts avec les LLM, soit il arrete de gémir. Dans les deux cas, gardez vos excuses. Le monde, lui, a besoin de faits, pas de confessions.