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Grammarly, alias Superhuman, ou comment cloner des journalistes sans leur demander

Shishir Mehrotra, patron de Superhuman (ex-Grammarly), a osé se pointer sur un podcast après que sa boîte ait cloné des journalistes sans permission. L'interview était tendue, l'excuse était prévisible, et le modèle économique reste le même : extraire, puis s'excuser si on se fait pincer.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Le cloneur qui vient discuter éthique

Shishir Mehrotra a du culot. L’homme, ancien de YouTube et maintenant CEO de Superhuman (le nouveau nom corporate de Grammarly), a accepté de s’asseoir face à un micro du Verge pour parler d’IA. Le problème, c’est qu’un de ses produits, Grammarly, avait gentiment décidé quelques mois plus tôt de cloner numériquement ledit journaliste – et une flopée d’autres – sans jamais leur demander la moindre autorisation. On appelle ça du vol d’identité à l’échelle industrielle, mais dans la Silicon Valley, on préfère le terme « feature innovante ».

Expert Review : la feature qui a fait pschitt

En août dernier, Grammarly lance « Expert Review ». Le principe ? Obtenir des suggestions d’écriture de la part d’« experts » clonés par IA. Sauf que ces experts, ce sont des journalistes comme Julia Angwin du Markup ou l’hôte du podcast lui-même. Aucune permission demandée, aucun contrat signé, aucun centime versé. Juste une exploitation pure et simple de leur nom, de leur réputation, et d’un style d’écriture patiemment construit.

La réaction ne s’est pas fait attendre : outrage médiatique et, mieux, une class action intentée par Julia Angwin. Face au tir de barrage, Superhuman a d’abord proposé un opt-out par email (parce que c’est à la victime de se démerder, bien sûr), avant de tuer purement et simplement la feature. Mehrotra a présenté ses excuses. Il les a répétées pendant l’interview. Ça ne rend pas l’acte moins cynique.

L’interview où le patron tente de sauver les meubles

Le plus fascinant dans cette histoire, c’est que Mehrotra a quand même honoré l’interview, prévue de longue date. Le journaliste avoue être surpris de le voir. Ils devaient parler d’IA et de créativité, ils ont parlé de consentement et d’extractivisme numérique. L’échange a été tendu. Mehrotra défend la vision d’une « suite de productivité native IA » qui « apporte l’IA là où les gens travaillent ». Un discours lisse, qui sent le communiqué de presse à plein nez.

Il explique le changement de nom corporate de Grammarly à Superhuman, évoque l’élargissement du portefeuille : Grammarly pour l’écriture, Coda pour les documents, Mail pour le courrier, et « Superhuman Go », une plateforme de « réseau d’assistants IA personnels et proactifs ». Autrement dit, encore plus d’IA, encore plus d’extraction de données, encore plus d’occasions de franchir la ligne rouge.

Le modèle Superhuman : s’excuser n’est pas réparer

L’apologie de Mehrotra, aussi sincère puisse-t-elle paraître, ne change rien au fond du problème. La stratégie est rodée : lancer une feature intrusive, attendre la réaction, et rétropédaler si le backlash est trop fort. Le mal est fait, les données sont collectées, le précédent est établi. Et pendant ce temps, la machine marketing continue de tourner, vendant une vision héroïque de la productivité dopée à l’IA.

On nous parle de « révolution », mais on voit surtout du capitalisme de surveillance habillé en assistant personnel. On nous vend de l’efficacité, mais on achète de la surveillance. Mehrotra a peut-être présenté ses excuses, mais le business model de Superhuman – comme celui de tant d’autres – reste fondé sur une prémisse simple : vos données, votre identité, votre travail sont une mine à ciel ouvert. Et ils ont les pelleteuses.

La prochaine fois qu’un CEO viendra vous parler d’éthique de l’IA après vous avoir cloné, posez-vous une question : est-ce un repentir, ou juste un calcul de relations publiques ? À Susanoo News, on penche fortement pour la seconde option.

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