Google, le roi de la bienveillance numérique, vient d'annoncer une « extension » de son AI Mode : désormais, son assistant ne se contente plus de répondre à des questions à la con, il peut aussi interagir avec « certaines apps sélectionnées ». On applaudit ? Pas si vite. Derrière ce geste d'ouverture se cache la même vieille rengaine : plus de contrôle, plus de data, plus de fric.
Le « progrès » selon Google : vos apps sous surveillance permanente
L'idée est simple — et terrifiante. Au lieu de simplement lire des mails ou chercher des horaires, Google AI Mode peut désormais exécuter des actions dans vos apps : réserver un restaurant, envoyer un message, modifier un calendrier. Pratique ? Oui, si vous aimez payer votre confort avec votre vie privée. Chaque interaction devient une transaction : vous donnez un accès direct à vos applications, Google engrange les données comportementales, et les annonceurs se frottent les mains. Coïncidence ? Le service ne fonctionne qu'avec les apps partenaires — forcément celles qui acceptent de partager la recette.
« Apps sélectionnées » : le petit monde doré de Google
Le communiqué de presse parle sobrement d'« applications populaires ». Traduction : pas les vôtres, les leurs. On parie que la liste inclut Gmail, Google Maps, YouTube, et quelques bouffons qui paient cher pour être dans le club. Les alternatives open source ou concurrentes ? Dégagez. C'est comme si votre serrurier vous proposait d'ouvrir toutes les portes de votre maison, mais seulement s'il en a fabriqué la clé. Verrouillage propriétaire, version 2025. Et pendant ce temps, Apple et Microsoft avancent aussi, mais au moins ils ne prétendent pas sauver le monde.
Vie privée ? Vous plaisantez
Google nous a déjà démontré que son mantra « ne soyez pas méchant » est une blague éculée depuis le scandale de Google+ (2018, 500 000 profils exposés, silence radio), sans parler des milliards de requêtes utilisateurs revendues à des agences de publicité. Maintenant, on leur confie la main sur nos apps ? Le nouveau mode AI collectera en plus des données d'utilisation d'applications tierces. Qui supervise ? Les mêmes équipes qui ont laissé fuiter les données de Google Home en 2023. Félicitations, vous venez de tendre les clés de votre vie numérique à une firme dont le produit principal, c'est vous.
Les concurrents : déjà ailleurs, déjà mieux
Pendant que Google fait son numéro, Apple déploie une intégration similaire avec Shortcuts, mais sur l’appareil, sans remonter de données. Microsoft Copilot s’intègre à Office avec un cryptage de bout en bout. Mais Google, lui, veut absolument que ses serveurs touchent à vos apps. Pourquoi ? Parce que son business model repose sur l'analyse de tout ce que vous faites. La gratuité (apparente) a un coût : votre âme numérique. Alors quand la firme de Mountain View clame « plus d’interactions fluides », traduisez : « plus de points de captation ». La prochaine étape ? Vous laisser connecter le frigo ? N'en doutez pas, c'est prévu.
Ne vous méprenez pas : l'idée d'un assistant qui agit est utile. Mais la manière dont Google la met en œuvre est un cheval de Troie marketing. En ouvrant grand vos apps, vous refermez la porte à toute vie privée. Le vrai progrès serait un système open source, décentralisé, où vous contrôlez les permissions. Mais ça, Google ne le fera jamais — parce que le contrôle, c'est son business. Alors profitez de votre nouvelle liberté sous surveillance. Et n'oubliez pas de remercier l'AI Mode. Il vous écoute.