Bienvenue dans le nouveau chapitre de la saga préférée de la Silicon Valley : « On a pomper votre contenu, et maintenant on va vous faire payer pour le contester. » Cette fois, c’est au tour de Google de passer à la casserole. Hachette, Cengage, Elsevier et une brochette d’autres poids lourds de l’édition ont déposé une plainte collective accusant la firme de Mountain View d’avoir entraîné ses modèles d’IA (dont Bard, Gemini et consorts) sur des œuvres protégées sans l’ombre d’une permission. Mais attention : pas question de pleurnicher sur l’art et la culture. Ici, on parle de nerf de la guerre : l’argent.
Les chiffres qui tuent
Selon les plaignants, Google aurait utilisé des millions d’ouvrages et d’articles académiques sans payer le moindre centime de droits d’auteur. La plainte, déposée le 9 septembre 2024 devant le tribunal fédéral de New York, réclame des dommages pouvant atteindre 150 000 dollars par œuvre violée. Rien que ça. Si le juge est d’humeur sévère, l’addition pourrait dépasser le PIB de certains petits pays. Les éditeurs ont sorti l’artillerie lourde : ils accusent Google d’avoir enfreint le Copyright Act de manière systémique, en utilisant des corpus comme Books3 (oui, le fameux dataset qui a déjà fait trembler Meta et OpenAI). Google, bien sûr, a sorti son argument fétiche : « fair use ». Mais quand on voit que la firme a déjà engrangé des milliards avec ses services d’IA générative, le « fair use » ressemble surtout à une excuse de riche.
Qui se goinfre, qui se fait rouler
L’ironie est à son comble : Google, qui a bâti son empire sur l’indexation et la monétisation du contenu des autres, continue de se servir sans payer. Les éditeurs, déjà étranglés par les GAFAM, voient leurs catalogues transformés en pâtée pour algorithmes. Pendant ce temps, les dirigeants de Google empochent des bonus record. Alphabet, la maison mère, a dégagé 74 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2024. Et eux, ils auraient les moyens de payer ? Évidemment. Mais pourquoi le faire quand on peut embaucher des armées d’avocats pour retarder l’inévitable ? Le vrai scandale, c’est que ces procès coûtent plus cher aux plaignants qu’une licence collective raisonnable. Google joue la montre, comme toujours.
Le précédent qui fait peur
Ce n’est pas la première fois que Google se retrouve sur le banc des accusés pour le même genre de salade. En 2020, la firme avait déjà été attaquée par des auteurs pour avoir scanné des livres sans autorisation (Google Books). Elle avait gagné en invoquant le fair use. Mais l’époque a changé. Les tribunaux commencent à comprendre que l’IA générative n’est pas une photocopieuse magique : elle reproduit, transforme, et surtout, elle concurrence directement les créateurs. Aux États-Unis, une décision récente dans le procès Thomson Reuters vs. ROSS Intelligence a donné raison à l’éditeur contre des pratiques similaires. Le vent tourne, Google. Et il sent le roussi.
Ce qu’ils ne vous disent pas
La plainte mentionne aussi que Google aurait déjà supprimé certains datasets après le début des investigations. Comme un cambrioleur qui nettoie ses empreintes. Mais les preuves restent : des captures d’écran, des témoignages d’anciens employés, et surtout, des milliards de tokens qui sentent le copyright à plein nez. Les éditeurs ont engagé l’ancien procureur général de New York, Eric Schneiderman, pour mener la charge. Ça rigole plus. Alors, Google va-t-il sortir le chéquier ou la cavalerie juridique ? Sans doute les deux, dans cet ordre. En attendant, une question se pose : combien de temps encore les créateurs vont-ils se faire piller sous prétexte d'« innovation » ? La réponse est simple : jusqu’à ce que les tribunaux disent stop. Et ce jour pourrait arriver plus vite que prévu.
Susanoo News suivra cette affaire de près. Parce que quand les gros se battent, les miettes tombent pour les petits. Mais pour l’instant, c’est surtout les avocats qui se frottent les mains.