Cette semaine, Google ouvre les portes de sa grand-messe annuelle, l'I/O. Il y a un an, Sundar Pichai et ses troupes pavoisaient, bardés de promesses sur Bard et PaLM 2. Mais voilà : depuis, le vent a tourné. Aujourd'hui, Google aborde cette conférence en troisième position dans la course aux modèles de fondation, derrière OpenAI (GPT-4, bientôt GPT-5) et Meta (Llama 3, open source et gratuit). C'est un aveu d'échec pour une entreprise qui a littéralement inventé le Transformeur. Ironie de l'histoire : ils ont écrit la bible, mais ce sont d'autres qui la prêchent.
Le grand absent : Gemini, ou l'art du camouflage
Google misait tout sur Gemini, son modèle multimodal présenté en décembre 2023 comme le 'plus capable' jamais créé. Sauf que les benchmarks filtrés montrent une réalité moins glorieuse : Gemini Ultra ne dépasse GPT-4 Turbo que sur 12 métriques sur 32, et encore, avec des conditions d'évaluation douteuses. Le vrai test ? Le prix : OpenAI facture 0,01 $ par token pour GPT-4 ; Google n'a toujours pas annoncé de tarif pour Gemini Ultra. Signe que le produit n'est pas prêt, ou qu'il est trop cher à produire. En coulisses, des ingénieurs de Google confient que le modèle coûte 5 fois plus à faire tourner que son équivalent OpenAI. Bonjour la rentabilité.
I/O : de la fumée, des API, et des prières
Alors, que va-t-on nous vendre cette semaine ? Du 'AI Everything', comme le teasing le répète. Probablement une pluie d'API pour intégrer Gemini dans les applis Google – Gmail, Docs, Maps. Mais attention : tout cela reste expérimental. Rappelons que Bard, lancé en catastrophe en février 2023, a été renommé Gemini et n'a toujours pas rattrapé ChatGPT en parts d'utilisation (moins de 15% du marché grand public selon les dernières estimations de Similarweb). Pendant ce temps, OpenAI engrange 1 milliard de dollars par an de revenus récurrents. Meta, lui, offre Llama 3 gratuitement et fait du lobbying à Bruxelles pour que l'open source devienne la norme réglementaire. Google, coincé entre le marteau de la propriété intellectuelle et l'enclume de la concurrence, essaie de jouer les médiateurs. Pathétique.
Le vrai sous-texte : la peur du procès (et de la régulation)
Ce que Google ne dira pas lors de son keynote, c'est que sa stratégie IA est paralysée par la peur des poursuites. Après la plainte du New York Times sur l'utilisation de contenus protégés, la firme de Mountain View a verrouillé ses processus d'entraînement. Résultat : Gemini est moins performant sur des tâches de génération de texte long, car formé sur un dataset nettoyé au chlore. Pendant ce temps, OpenAI et Meta assument le risque juridique et avancent. Google préfère présenter des démos contrôlées et des promesses. Un peu comme un constructeur auto qui montrerait sa voiture en 3D mais refuserait de lancer la production. La prochaine conférence sera peut-être la dernière où ils pourront encore faire semblant. À moins qu'ils ne sortent un lapin de leur chapeau – un modèle open source, une baisse de prix drastique, ou un rachat surprise. Mais on parie que ce sera encore du vent dans des ballons verts, blancs, bleus.
Conclusion : troisième, mais pour combien de temps ?
La place de Google dans le tiercé des modèles de fondation ressemble à celle d'un cheval de labour dans une course de pur-sang. Ils ont le pedigree (les publications, les brevets, les talents), mais ils courent avec des œillères corporatistes. Google I/O 2024 sera un moment de vérité : soit ils annoncent quelque chose de vraiment disruptif – un modèle plus petit, moins cher, plus efficace – soit ils confirment leur statut de suiveur. Les analystes parient sur un statu quo, avec des lancements en douce et des benchmarks pipés. Susanoo News parie sur le second scénario. Parole de sniper : les troisièmes ne gagnent jamais la course.