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Google embauche un salarié qui ne prendra jamais de congés payés

Gemini n'est plus un chatbot : il planifie, exécute, délègue — et vient de recevoir une adresse mail d'entreprise. On vous vend un collègue à trente dollars par mois. On oublie juste de préciser qui porte le casque quand il se trompe.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Google vient de résoudre un problème qu'il a lui-même fabriqué : comment continuer à vendre de l'IA à des directions informatiques déjà gavées de pilotes jamais conclus. La réponse tient en trois mots — un agent, un badge, une adresse mail. Gemini n'est plus le chatbot que vos équipes interrogent entre deux réunions en espérant qu'il ne raconte pas n'importe quoi : c'est désormais un « collègue » qui planifie, exécute, délègue à des sous-agents, pioche dans plusieurs modèles et se balade dans vos applications métier. Annoncé le 9 octobre 2025 lors de l'événement Gemini at Work, le produit s'affiche autour de trente dollars par siège et par mois.

Trente dollars. Pour un salarié qui ne prend jamais de congés, ne syndique personne, ne pose jamais de question gênante en réunion — et à qui personne ne demandera jamais pourquoi la base de données clients est vide lundi matin.

L'employé parfait, c'est surtout celui qui n'a pas de compte à rendre

Soyons précis, parce que c'est là que ça pue. Gemini peut déléguer du travail à des sous-agents et enchaîner plusieurs modèles pour mener une tâche de bout en bout. Traduction opérationnelle : vous ne savez plus quel modèle a pris quelle décision, ni sur quelle donnée. On appelle ça une « architecture modulaire ». Dans la vraie vie, ça s'appelle une chaîne d'approvisionnement décisionnelle sans traçabilité. Bonne chance pour reconstituer l'incident après coup.

Google insiste sur l'identité professionnelle de l'agent, boîte mail incluse. C'est vendu comme une innovation d'ergonomie. C'est en réalité le cœur du problème : une identité, c'est un compte, et un compte, c'est un accès. Vos politiques de permission, vos revues d'accès trimestrielles, vos annuaires — tout ça vient d'accueillir un nouvel arrivant qui n'a suivi aucune formation RGPD, n'a signé aucune clause de confidentialité et ne sera jamais convoqué par la CNIL pour s'expliquer. Le DPO découvrira sa boîte mail en même temps que l'auditeur externe.

Le cimetière est déjà plein de stagiaires IA

On nous sert cette histoire depuis dix-huit mois. Résultat des courses : une étude du MIT publiée à l'été 2025 estimait que 95 % des pilotes d'IA générative en entreprise ne produisent aucun retour mesurable sur investissement. Plus brutal encore : Gartner prédit que 40 % des projets d'IA agentique seront purement et simplement enterrés d'ici 2027, et a inventé un mot pour ce que vous voyez passer sur LinkedIn — l'agent washing, soit le recyclage d'un script de règles dans un emballage « agent autonome ».

La différence, cette fois, c'est qu'un agent qui échoue ne rédige pas un mauvais mail. Il déclenche un remboursement, modifie un tarif, envoie un contrat. L'erreur est plus discrète et beaucoup plus chère.

Suivez l'argent : personne ici ne songe à votre productivité

Google défend une ligne de revenus qu'il faut nommer. Les sièges Workspace sont un actif stratégique, et chaque agent vendu est un siège défendu contre Microsoft 365 Copilot. Le vrai risque pour Google n'est pas que votre entreprise gagne du temps — c'est que vous arrêtiez d'acheter des licences humaines. Un agent, ça ne négocie pas son prix à la renégociation, ça ne part pas à la concurrence, et ça se révoque en un clic. Les directions financières vont adorer. Les salariés concernés viendront lire les communiqués de presse plus tard.

Alors une question simple pour les dirigeants qui signent : qui, dans votre organigramme, est responsable des actes d'un agent ? Si la réponse est « l'IA », vous n'avez pas acheté un outil. Vous avez acheté une excuse.

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