Cherchez la paire de ciseaux. Google a encore réussi le tour de force de se tirer une balle dans le pied avant même de viser. Mercredi, la firme de Mountain View dévoile dans Google Earth une fonction expérimentale : une IA générative capable de fabriquer de toutes pièces des images satellite et de les incruster sur les vraies cartes. Le but avoué : combler les zones où l'imagerie satellite est floue ou absente. Le résultat prévisible : un outil de désinformation géographique digne d'un concours de circonstances à la SolarWinds.
Une idée lumineuse... ou crétine
Qui a pensé que c'était une bonne idée ? Visiblement, quelqu'un chez Google qui n'a jamais passé un mercredi après-midi à faire tourner un générateur d'images IA. L'outil permettait à n'importe quel quidam de générer de faux bâtiments, de fausses routes, de faux cours d'eau et de les poser sur la vraie géographie. Mais il fallait un génie du mal pour comprendre qu'on pourrait simuler une catastrophe naturelle, un bombardement ou un camp de réfugiés à des coordonnées précises, avec un rendu photoréaliste ? Allez, Google, on vous refait le coup de Bard en pire.
Les critiques ont fusé, comme on arrose une plante de désherbant. En 24 heures, une coalition de géographes, d'experts en vérification et de simples mortels a hurlé au danger. Et Google, d'ordinaire si fier de ses lancements, a plié bagage. Une journée d'existence pour cette fonctionnalité. C'est un record, même pour une boîte qui a enterré des dizaines de produits sans la moindre dignité.
Le cycle infernal du test grandeur nature
Mais ne pleurons pas sur le sort de l'IA. Le vrai scandale, c'est la méthode. Google utilise les utilisateurs comme cobayes gratuits : on déploie une fonctionnalité à moitié mûre, on regarde les gens s'exciter et se tromper, on récupère les données de réactions, puis on retire la fonction en pleurant. Zéro étude d'impact, zéro pilotage éthique, zéro transparence. Et quand ça chauffe, on dit « on a écouté nos utilisateurs ». Ah, les utilisateurs. Les imbéciles qui créent des milliers de faux paysages avant que le vigile ne débranche tout.
Se faire rouler, c'est le thème. Qui se goinfre ? Personne, sauf peut-être les médias comme nous, qui avons de la matière à ricaner. Qui se fait rouler ? Le public, encore une fois, habitué à servir de beta-testeur involontaire pour des produits qui auraient dû rester dans un laboratoire fermé à double tour. On n'apprend pas à une IA à falsifier le monde en conditions réelles. On n'envoie pas des fake-maps dans la nature sans même une alerte préalable aux autorités.
Et les régulateurs ? Aux abonnés absents
On attend encore une prise de position ferme de la part des autorités de régulation. Le DSA (Digital Services Act) était censé encadrer les pratiques algorithmiques des géants du numérique. On se pince, on relit les textes, on ne voit rien. Personne n'a demandé pourquoi une entreprise privée peut mettre en circulation un outil de falsification géographique sans contrôle préalable. Il a fallu un tollé public pour que Google daigne appuyer sur pause. C'est une démonstration éclatante du peu de cas que le régulateur fait de l'urgence de l'IA générative.
Alors, Google, vous allez réessayer plus tard avec une version « responsable » ? On connaît la chanson par cœur. Vous retirerez, vous promettrez des garde-fous, puis vous déploierez une fonctionnalité similaire dans un autre produit, sous un nom plus discret. Mais on aura tout vu : une IA capable de réécrire la Terre, au service de la com' d'une multinationale. La carte du monde n'a jamais été aussi peu fiable... et aussi peu rassurante.