Bien joué, Google. Tu as réussi à fabriquer un assistant vocal qui répondait à peu près à « mets une minuterie » et à le maintenir en vie assez longtemps pour que personne ne s'y attache vraiment. Et maintenant, tu le débranches comme une vieille prise électrique. Le 4 septembre, Google Assistant disparaît des téléphones et tablettes Android, ainsi que des montres connectées et des écouteurs qui lui étaient associés. Une annonce envoyée par email, parce que même la mort mérite un bulletin d'information.
La nouvelle mode : tuer son produit par e-mail
On ne présente plus la méthode Google. C'est un email, repéré par 9to5Google et partagé sur Reddit, qui a révélé la sentence. Pas de grande conférence, pas de larmes, pas de « nous avons une vision ». Juste un message froid : « Nous allons commencer à supprimer l'accès à Google Assistant à partir du 4 septembre ». The Verge, aussi enthousiaste qu'un greffier, demande confirmation. Mais on la connaît déjà la réponse : c'est vrai. Google tue encore un produit. Il y a une liste sur Wikipedia, des centaines de projets morts. Assistant est juste le suivant.
Ce qui est exceptionnel, c'est le choix du moment. Gemini, le nouveau bébé doré de Google, promet tout, n'importe quoi, et surtout du marketing. On nous avait dit qu'Assistant allait « évoluer », « fusionner », « se transcender ». En réalité, il fallait juste faire de la place. Google n'a jamais su gérer deux assistants à la fois. Et au lieu de faire un choix propre, il laisse Gemini dans un état semi-fonctionnel, avec des réponses hallucinées et des coûts de serveur qui feraient pâlir un minier. Alors oui, on supprime. C'est plus simple. Et surtout, ça permet de dire aux actionnaires : « on concentre nos efforts ».
Les utilisateurs ? Ils peuvent aller se rhabiller
Le plus beau, c'est que Google ne prévient même pas tout le monde. L'email a été envoyé à certains utilisateurs. Pas tous. Non, il faut bien maintenir le suspense. Si tu as acheté une montre connectée il y a deux ans, si tu utilises ta voix pour lancer une chanson ou envoyer un texto en conduisant, tu vas te réveiller un matin avec un assistant muet. Et tu découvriras tout seul, en appuyant sur l'écran, que ta montre n'est plus qu'un poignet décoré. Merci Google. Tu as réussi à transformer un outil en cadeau empoisonné.
Et on ne parle même pas de la question cruciale : Gemini, c'est bien sûr ? Non. Gemini est une réponse à ChatGPT, pas une solution pour ta vie quotidienne. Il ne sait pas toujours gérer les minuteries, il a des hallucinations spectaculaires, et il consomme de la bande passante comme une start-up en série B. Mais Google s'en fiche. Le but, c'est de faire passer tout le monde sur Gemini pour gonfler les statistiques d'utilisation et impressionner les analystes. Les vrais utilisateurs, eux, sont des cobayes. Comme d'habitude.
Bienvenue dans le cimetière des actions
Ce que Google ne comprend pas, c'est que la confiance se construit dans la durée. Chaque produit abandonné, chaque migration forcée, chaque vague de fonctionnalités supprimées — tout ça s'accumule. On ne fait plus confiance à Google pour les produits de consommation. On n'installe plus une app Google en se disant « elle durera » — on l'installe en sachant qu'elle aura une date de péremption. Le 4 septembre, ce n'est pas la mort d'Assistant. C'est la énième preuve que Google est devenu un cimetière d'ambitions, géré par des vice-présidents qui ne savent pas quoi faire de leurs employés.
Alors, Google, je te pose la question directement : tu crois vraiment que Gemini va durer plus longtemps que l'Assistant ? Tu crois que les utilisateurs vont te suivre dans cette nouvelle aventure avec le même enthousiasme qu'un mouton vers l'abattoir ? Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Assistant aura eu une vie de merde, entre les promesses de Google Duplex il y a six ans et le silence radio actuel. Et Gemini, dans deux ans, finira peut-être sur la même liste Wikipedia, juste à côté de Google Stadia. On regardera ça avec un sourire en se souvenant que tu aurais pu simplement garder une API ouverte et laisser les gens libres. Mais non. Tu préfères tuer. C'est ta nature.
Le 4 septembre, on n'éteint pas une lumière. On éteint une promesse. Et personne ne sera là pour souffler les bougies. La tech n'aime pas les adieux, elle aime les exécutions. Et celle-là, tu l'as signée avec un email, Google. Bravo.