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GM jette ses informaticiens comme des vieux kleenex pour des prompts

GM licencie des centaines d’informaticiens pour embaucher des spécialistes en IA. Traduction : on remplace des gens qui savent coder par des gens qui savent écrire des prompts. Le futur, mesdames et messieurs. Et il pue.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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General Motors vient de le faire. Encore. Le constructeur automobile américain a annoncé le licenciement de plusieurs centaines de travailleurs IT – des ingénieurs, des développeurs, des data scientists – pour les remplacer par des profils « AI-native development, data engineering and analytics, cloud-based engineering, agent and model development, prompt engineering and new AI workflows ». Traduction : on vire ceux qui ont fait tourner l'usine numérique pendant des années, et on recrute des spécialistes en copié-collé d'API.

Le grand ménage de la « GM du futur »

L'opération est présentée comme une « transformation stratégique ». Dans la réalité, c'est un plan social déguisé en upgrade technologique. Les chiffres exacts : non communiqués, mais les syndicats parlent de 500 à 1 000 postes supprimés rien qu'aux États-Unis. Les victimes : des employés avec 5, 10, 15 ans d'expérience, soudainement jugés « non alignés sur la vision AI-first ». La promesse ? Une main-d'œuvre « plus agile, plus moderne ». La réalité ? Un remplacement pur et simple, à coût réduit et sans pitié.

Prompt engineering : le nouveau bullshit à la mode

Regardons de près ce que GM appelle « compétences IA ». « Agent and model development », « prompt engineering », « AI-native workflows ». Traduisez : des métiers qui consistent à écrire des questions pour des modèles de langage, brancher des APIs ChatGPT, et recycler des démos techno-porn. Aucune de ces compétences n'est rare. Aucune ne justifie un licenciement collectif. Sauf si l'objectif est de casser les salaires et d'importer une culture de précarité dorée – où l'on est payé cher jusqu'à ce que le prochain buzzword sorte. Ironie : GM embauche des « prompt engineers » alors que les vrais ingénieurs en IA savent que le prompt engineering est une compétence transitoire, déjà en train d'être automatisée.

Qui se goinfre vraiment ?

Suivons l'argent. La restructuration IT de GM est supervisée par le cabinet de conseil McKinsey, qui facture des centaines de millions en « accompagnement stratégique ». Les dirigeants de GM, eux, encaissent des bonus sur la réduction des coûts – les licenciements font gonfler le cours de l'action à court terme. Pendant ce temps, les nouvelles recrues « AI-native » sont souvent des consultants juniors ou des freelances, payés le double le temps du projet, puis virés. Le vrai business, ici, n'est pas l'IA : c'est la rotation du personnel, la destruction des CDI, et la captation de la valeur par les actionnaires.

Le syndrome de l'arroseur arrosé

GM n'apprend jamais de son passé. Rappel : en 2019, l'entreprise a déjà massivement licencié des milliers d'employés dans le cadre de sa « transformation numérique ». Résultat ? Six mois plus tard, elle a dû rappeler des anciens pour réparer les bugs et les pannes IT. Les mêmes erreurs recommencent, mais avec un vernis AI. Les leads techniques qui partent emportent avec eux des années de connaissance métier – celle qu'aucun modèle de langage ne peut remplacer. Dans un secteur où la fiabilité est cruciale, où un défaut logiciel peut tuer, GM joue les apprentis sorciers avec des prompts.

Susanoo dit : GM se tire une balle dans le pied, mais avec un prompt bien stylé

Cette opération est un cas d'école de la stupidité managériale sous perfusion de buzzwords. Remplacer des experts IT par des prompt engineers, c'est comme remplacer des mécaniciens par des gens qui savent lire les manuels. GM croit investir dans le futur, mais elle achète du vent. Et dans 18 mois, quand les LLM auront évolué et que le prompt engineering sera obsolète, ils feront quoi ? Un nouveau plan social pour embaucher des « AI agents designers » ? Le serpent se mord la queue, et les vrais talents fuient. Pendant ce temps, le conseil d'administration applaudit, les actionnaires empochent, et les travailleurs se prennent une vague de licenciements déguisée en modernité.

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