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Gemini fait vos courses, Google encaisse et vous jure que c'est pour vous aider

Google teste en Inde l'achat direct depuis Gemini, sur les produits de Flipkart — propriété de Walmart. Présenté comme une innovation, c'est en réalité un péage algorithmique : l'IA choisit, l'utilisateur valide, et les données personnelles remplissent la caisse.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Google a trouvé un nouveau terrain de jeu pour ses hallucinations : votre portefeuille. Le géant de Mountain View teste en Inde un dispositif qui permet d'acheter des produits Flipkart directement depuis Gemini et AI Mode. Traduction pour les naïfs : vous dites bonjour au chatbot, il vous vend un grille-pain, et vous vous demandez encore ce qui vient de se passer.

Le test est « limité » — quelques produits, quelques utilisateurs triés sur le volet. Déploiement plus large prévu « plus tard en octobre », autrement dit dans quinze jours. Vous connaissez la chanson : le mot « limité » sert à ne pas assumer un ratage éventuel, et « plus tard en octobre » signifie « dès qu'on aura fini d'optimiser le tunnel de conversion ».

L'Inde, cobaye préféré de la Silicon Valley

Pourquoi l'Inde ? Parce que 1,4 milliard d'habitants, un e-commerce en explosion, et une tolérance réglementaire qui fait rêver tous les patrons de la tech. L'Inde n'est pas un marché, c'est un laboratoire jetable. On y teste ce qu'on n'oserait pas imposer tout de suite à un utilisateur allemand ou californien. Si ça passe, on déploie. Si ça casse, on réécrit un communiqué.

Et qui Google a-t-il choisi comme partenaire ? Flipkart, majoritairement détenu par Walmart depuis 2018, la bagatelle de 16 milliards de dollars pour prendre le contrôle. Le royaume de l'hypercroissance indienne appartient donc à la plus grande chaîne de supermarchés du monde. On nous vend du « numérique », on nous vend du rayon surgelés avec une interface vocale.

Le vrai produit, c'est vous

Ne vous laissez pas berner par le récit marketing. Google ne déploie pas un assistant serviable : il déploie un point de passage obligé. Aujourd'hui vous ouvrez un onglet, vous comparez, vous cliquez. Demain, vous demandez à une IA, elle choisit à votre place, et vous validez d'un hochement de tête.

Ce qui se joue, c'est la disparition du web ouvert tel qu'on le connaît. Plus besoin de comparateurs, de sites marchands, de blogs d'avis. Un intermédiaire unique décide de ce que vous voyez et de ce que vous achetez. Flipkart paie pour être dans le prompt. Google touche la commission. Vous, vous payez le produit, la connexion, et accessoirement avec vos données.

Amazon, qui règne sur l'e-commerce indien, va hurler à la concurrence déloyale. Et il aura raison. Mais rappelons qu'Amazon a passé vingt ans à faire exactement la même chose : être le seul endroit où acheter. La différence, c'est qu'Amazon vendait des produits. Google, lui, vend l'accès à l'achat. C'est plus rentable et surtout plus intime.

Ce qu'on ne vous dira jamais dans le communiqué

Le communiqué parlera de « faciliter le parcours d'achat », d'« expérience conversationnelle », d'« innovation au service de l'utilisateur ». Les mots habituels. Ce qu'on ne lira nulle part :

Un — chaque requête d'achat devient une donnée comportementale revendable. Pas seulement ce que vous achetez, mais comment vous le formulez, à quelle heure, sous quelle émotion. C'est de l'or pour l'industrie publicitaire.

Deux — les vendeurs tiers de Flipkart n'ont pas été consultés. Ils subiront l'algorithme, comme d'habitude. Celui qui ne paie pas pour être « suggéré » par Gemini n'existera pas.

Trois — la boucle est bouclée : Google contrôle la recherche, l'IA, la publicité, et bientôt la transaction. Verticalement intégré jusqu'à votre carte bancaire. Les régulateurs indiens ont ouvert une enquête sur Google il y a des années. Ils en ouvriront une autre. Pendant ce temps, le produit sera déjà en production.

La vraie question

Posez-la à vos dirigeants préférés : quand Gemini vous achète un téléphone, qui a choisi le modèle ? La marque qui a payé le mieux, ou celle qui vous convient ? Personne ne répondra. Et si quelqu'un répond, faites-lui répéter la phrase lentement.

Le shopping par IA n'est pas une révolution. C'est un péage. Le seul débat qui vaille, c'est de savoir combien de temps on laissera ces gens décider à notre place — en nous faisant croire que c'est nous qui parlons.

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