NEW YORK — GameStop, le roi déchu du jeu vidéo en boîte, a décidé que le meilleur moyen d’enrayer sa lente agonie était de racheter eBay pour la modique somme de 56 milliards de dollars. Oui, vous avez bien lu. L’entreprise qui ferme des magasins comme d’autres changent de chaussettes veut gober le mastodonte des enchères en ligne. Et pour financer ce petit caprice, ils ont un plan : « On verra plus tard. »
La finance à la poudre de perlimpinpin
Quand un journaliste a demandé au PDG de GameStop, Ryan Cohen, comment ils allaient réunir 56 milliards, le silence a été assourdissant. Puis un conseiller a murmuré quelque chose à propos de « synergies d’autofinancement » et de « génération de cash flows futurs ». Traduction : on n’en sait rien. Mais on mise sur l’effet de surprise et l’espoir que les actionnaires de la vieille école n’aient pas encore compris que GameStop perd de l’argent chaque trimestre. Au dernier rapport, le chiffre d’affaires a plongé de 20% sur un an. Les fermetures de magasins s’enchaînent. Mais un achat à 56 milliards, ça passe crème.
eBay, la proie idéale… ou pas
eBay, de son côté, n’a strictement rien demandé. L’entreprise pèse environ 25 milliards en bourse. Une offre à 56 milliards — presque le double — sent l’arnaque ou la mégalomanie. Les analystes se grattent la tête : comment une entreprise avec une capitalisation de 5 milliards peut-elle en acheter une autre dix fois plus grosse ? La réponse classique : avec de la dette. Et la dette, ça se rembourse avec de l’argent qu’on n’a pas. Mais chez GameStop, on a une foi inébranlable dans le pouvoir des memes. Après tout, c’est le titre favori de WallStreetBets. Peut-être que le paiement se fera en actions GameStop, cette devise virtuelle qui vaut ce que Reddit décide qu’elle vaut.
Le grand jeu de la distraction
Derrière cette annonce grotesque se cache une manœuvre désespérée pour détourner l’attention. Pendant qu’on parle de l’acquisition d’eBay, on oublie que GameStop n’a plus de modèle viable. Son activité historique — vendre des jeux neufs en magasin — agonise. Sa transformation numérique ? Un échec cuisant. Alors, au lieu de redresser le navire, on annonce une méga fusion qui tient plus du fantasme que de la stratégie. C’est comme si un type en faillite proposait d’acheter la maison du voisin avec un chèque en bois et une promesse de remboursement en fruits exotiques.
Qui se goinfre, qui se fait rouler
Les vrais gagnants dans cette histoire ? Les banquiers d’affaires qui encaissent déjà des commissions sur ce dossier ubuesque. Les actionnaires d’eBay, qui voient leur action bondir de 10% sur la rumeur. Les perdants ? Les investisseurs de GameStop qui espéraient un plan sérieux. Et les employés des magasins qui continuent de perdre leur boulot pendant que le board joue les apprentis sorciers de la finance. Quant à vous, le contribuable, ne vous inquiétez pas : si ça foire, on vous demandera peut-être de racheter la dette. Comme d’habitude.
Alors pour l’instant, on retient une chose : GameStop veut acheter eBay sans savoir comment payer. C’est beau, c’est audacieux, c’est parfaitement inepte. Bienvenue dans l’économie de la hype.