Ah, la tech qui sauve le monde. On en pleurerait presque si on n'était pas en train de suffoquer dans les effluves de la Silicon Valley. Aujourd'hui au menu : des vers qui bouffent du caca et des particules qui obscurcissent le ciel. Non, ce n'est pas un nouveau film de science-fiction, c'est la newsletter du MIT Technology Review qui nous sert ce plat réchauffé. Alors accrochez-vous, on va décortiquer ces « solutions » avec la délicatesse d'un tracteur dans un champ de betteraves.
Les vers : la nouvelle star du fumier ?
Anthony Agueda, troisième génération d'éleveur laitier en Californie, passe un râteau dans un lit de copeaux de bois humides. La scène est bucolique, presque poétique. Mais ne vous y trompez pas : c'est le dernier cri du greenwashing agro-industriel. Les vers de terre et les microbes sont censés décomposer le fumier, cette montagne de 14 millions de tonnes que dégagent chaque année les 1 800 fermes laitières californiennes.
On vous vend ça comme une révolution. En réalité, c'est un pansement sur une hémorragie. Le problème, ce n'est pas le fumier, c'est le système qui en produit des quantités industrielles. Mais chut, ne dites pas ça aux gourous de l'AgTech. Eux préfèrent vous parler de lombricompostage et de bactéries mangeuses de nitrates, pendant que les méga-étables continuent de déverser leur lisier dans les nappes phréatiques. Au fait, 1 litre de lisier peut polluer jusqu'à 10 000 litres d'eau. Sympa le bilan carbone des vers.
Et le pire ? Ces « solutions » coûtent cher, très cher. Les start-up qui les portent lèvent des millions pour vendre des bacs à vers aux agriculteurs. Bill Gates himself a investi dans une boîte qui transforme le fumier en protéines. Comme si le problème, c'était de recycler la merde au lieu d'arrêter d'en produire. Fallait y penser.
Géoingénierie : le dernier refuge des pollueurs
Pendant que les vers s'activent dans le fumier, une autre bande de farfelus prépare un plan B pour le climat. La géoingénierie fait son grand retour, après des années de controverses. L'idée ? Refroidir la planète en injectant des aérosols dans la stratosphère, un peu comme une éruption volcanique artificielle. Harvard et quelques milliardaires planchent sur le projet SCoPEx, qui n'attend qu'un feu vert pour larguer des particules dans le ciel suédois.
Mais attendez, ce n'est pas un rêve ? Si, c'en est un. Un rêve de technocrate qui pense pouvoir régler le dérèglement climatique sans changer une virgule à notre modèle économique. « On va compenser », disent-ils, pendant que les émissions de CO2 continuent de battre des records. La géoingénierie, c'est la promesse d'un monde où on peut continuer à brûler du pétrole, à élever des vaches géantes, à construire des usines, le tout en aspergeant le ciel de produits chimiques.
Les études scientifiques sont pourtant claires : les effets secondaires sont massifs. Sécheresses, perturbations des moussons, acidification des océans... Mais qui se soucie des détails quand on peut sauver la face ? Le National Academies of Sciences a publié un rapport en 2021 appelant à une recherche encadrée. Résultat : les essais en extérieur avancent en catimini, sans véritable débat démocratique. Les mêmes qui ont causé le problème veulent maintenant en être les messies. Vous trouvez ça ironique ? Moi aussi.
La grande escroquerie des rustines
Ce qui relie ces deux histoires, c'est un même mépris pour les solutions de fond. Réduire la production de viande, repenser l'agriculture, décarboner l'économie : tout ça, c'est trop long, trop politique, trop compliqué. Les vers et les aérosols, en revanche, ça se vend bien. Cocacola peut financer des ruches, Total des forêts, et les géants de la tech des projets de géoingénierie. Chacun sa petite contribution qui ne change rien.
Alors non, les vers ne sauveront pas le monde. Et la géoingénierie non plus. Ce ne sont que des pansements sur une hémorragie. Le vrai problème ? Un système économique qui préfère la merde aux solutions. Littéralement.