Il fallait oser. Pendant que Christopher Nolan ramenait Homère dans les salles et rappelait au public que l'épopée grecque n'était pas qu'un fond d'écran pour professeurs de lettres, une boîte sobrement baptisée Fountain 0 a décidé de régler son compte au classique en 2h30 de génératif. Résultat : Odysseus: The Fall, un « long-métrage » qui, selon The Verge, est si mauvais qu'il pourrait dégoûter les spectateurs de l'original. Bravo. C'est pas tous les jours qu'on sabote un chef-d'œuvre sans même avoir eu besoin de le lire.
Un studio, un homme, cinq casquettes
Fountain 0 n'est pas un studio. Fountain 0, c'est Ash Koosha — cofondateur, scénariste, réalisateur, compositeur de la bande originale, et, cerise sur le générique, prêteur de son propre faciès au personnage principal. Les crédits du film sont, dit-on, très courts. Évidemment : quand un seul bonhomme fait tout, la liste des remerciements ressemble à une signature au bas d'un contrat.
On nous vend ça comme la démocratisation du cinéma. C'est surtout la privatisation d'un plateau par un seul ego. Pas de chef op, pas de monteur, pas d'acteur à diriger, pas de conflit créatif, pas de frottement. Juste un monsieur qui se regarde générer. Le cinéma, c'est un art collectif ; ici, on a inventé le solo masturbatoire à base de GPU.
La seule référence s'appelait Dreams of Violets
Le pedigree de Fountain 0 tient en une ligne : Dreams of Violets, passé à Tribeca plus tôt cette année. Une carte de visite. Un ticket d'entrée. Et c'est précisément là que le business model devient lisible. Les festivals ne récompensent pas encore la qualité — ils récompensent la nouveauté du procédé. Générer un film, ça ne coûte presque rien. Le buzz, ça se monte en un week-end. Le reste — deux ans et demi de production avec une vraie équipe, des techniciens payés, des comédiens dirigés — ça, ça coûte. Fountain 0 a choisi le tarif réduit.
Deux heures et demie pour rien
2h30. Pas 45 minutes. Pas un court-métrage d'expérimentation qu'on aurait poliment oublié. Non : 2h30. C'est plus long qu'un trajet Paris-Bordeaux, et infiniment plus long que n'importe quel prompt correctement écrit. La durée, ici, n'est pas un signe d'ambition : c'est un signe de paresse. Personne n'a eu le courage de couper. Il n'y avait personne pour couper. Le montage est une décision humaine, et de toute évidence, il n'y a pas eu de décision humaine.
C'est tout le problème de fond. On nous promet une IA qui libère la création. On nous livre un seul auteur qui s'auto-cast, s'auto-compose, s'auto-réalise, et appelle ça une œuvre. Ce n'est pas du cinéma génératif. C'est un ego trip industrialisé avec un budget serveur.
À qui profite le naufrage
Posons la question bête : qui a intérêt à ce que Odysseus: The Fall existe ? Pas Homère, décédé depuis un bail. Pas les spectateurs, qui vont s'infliger un glitch en costume. Pas les acteurs : il n'y en a pas — sauf un, et c'est le patron. Reste Fountain 0, dont le nom contient honnêtement un zéro, et dont la véritable production, c'est la démo technique. Le film n'est pas une œuvre. C'est un argumentaire commercial de 150 minutes qu'on aurait pu lire en une page.
Un conseil, tant qu'il est encore temps
À Ash Koosha : ta tronche en Ulysse, ce n'est pas un casting, c'est un selfie. À Fountain 0 : le zéro de votre nom est peut-être le seul chiffre honnête du projet. À tous les fonds qui lorgnent le « cinéma génératif » : regardez ce film avant de signer un chèque, ça vous fera économiser un comité d'investissement. Et aux spectateurs qui sortiront de la salle en jurant de ne plus jamais rouvrir l'Odyssée : rassurez-vous. Vous n'avez pas vu Homère. Vous avez vu un prompt qui avait le mal de mer.