Yossi Matias, vice-président et patron de Google Research, débarque à EmTech Future 2026 pour nous annoncer que l'IA va rencontrer la biologie, les infrastructures, l'industrie et la science. Autrement dit : l'homme qui pilote un budget de recherche à plusieurs milliards vient expliquer à une salle qui a payé son billet que l'avenir, c'est l'avenir. Le titre de la conférence — « When AI Meets Everything » — n'est pas un programme, c'est un aveu. Quand on n'a plus rien de précis à vendre, on vend « tout ».
« Everything », le mot le plus cher du marketing
Remarquez la syntaxe. Pas « l'IA améliore le diagnostic du cancer du pancréas ». Pas « l'IA réduit de X % la consommation d'un datacenter ». Non : « AI meets everything ». Un verbe de rencontre, jamais un verbe de résultat. C'est la grammaire de la promesse éternellement repoussée : on ne dit pas ce qui marche, on dit ce qui marcherait si on nous laissait encore cinq ans et quelques milliards.
Et le communiqué en rajoute : « sharp analysis and unpublished insights ». Des insights inédits dans un document promotionnel. Le mot « inédit » sert exactement à ça — ne rien dire en ayant l'air de dire. Bravo, l'artiste.
La vitrine Google, l'arrière-boutique beaucoup moins reluisante
Pendant que Matias fait de la philosophie sur scène, la maison mère aligne les chiffres qu'il ne projettera pas sur l'écran. Le rapport environnemental de Google annonce +48 % d'émissions de gaz à effet de serre depuis 2019, attribution directe à l'IA. Consommation d'eau des datacenters : 6,1 milliards de litres en 2023, +17 % en un an. La « rencontre » entre l'IA et le monde réel, elle a déjà eu lieu — elle s'appelle facture énergétique, et elle se paie dans le dos des riverains de l'Arizona, de l'Irlande et du Chili.
On attendait aussi la section « l'IA rencontre la vérité ». Rappel : les AI Overviews lancées en mai 2024 ont publiquement conseillé de mettre de la colle sur une pizza. La génération d'images de Gemini a été suspendue en février 2024 pour falsification historique. Voilà la rencontre concrète. Le reste est un slide.
AlphaFold, la seule preuve — et elle a déjà six ans
Alors oui, il y a AlphaFold. Le Nobel de chimie 2024 décerné à Demis Hassabis et John Jumper valide enfin quelque chose de réel. Sauf que le travail décisif date de 2018-2020, et qu'il faut arrêter de faire porter à une keynote de 2026 le poids d'une découverte de 2020. Le reste du catalogue ? Des démos, des « early results », des partenariats annoncés sans un seul chiffre vérifiable. La « révolution de la science par l'IA » est un titre, pas un article évalué par les pairs.
Qui se goinfre, qui se fait rouler
Suivez le pognon. Google vend du cloud, des TPU et des licences Gemini. Chaque conférence EmTech est un point de contact commercial déguisé en science. Le chercheur monte sur scène, le commercial encaisse, et le public paie trois fois : sa place, ses données, puis sa facture d'électricité régulée à la hausse pour alimenter des centres de données qui n'ont rien demandé à personne.
À Matias, une question simple, posée sans micro-cravate : citez-nous un déploiement IA signé Google Research qui, en 2026, baisse mes coûts, ma consommation d'eau ou mon taux d'erreur médicale — chiffre publié, méthode répliquée, périmètre vérifiable. Si la réponse existe, elle vaut mieux que deux jours de keynote. Si elle n'existe pas, votre « everything » a un sérieux problème : il ne veut rien dire.
EmTech Future 2026 promet « quand l'IA rencontre tout ». Pour l'instant, la seule chose que l'IA a vraiment rencontrée, c'est un service marketing en pleine forme et un régulateur encore en pyjama. Le reste, on nous jure que ça arrive. Comme en 2024. Comme en 2023.