OpenAI a lancé Dots, sa plateforme d'agents. Des petits blobs anthropomorphes, des yeux mignons, des noms personnalisables, censés bosser à votre place. Vous n'en avez pas demandé un seul. On vous promet déjà une meute.
Commençons par le sujet que le communiqué esquive : ce n'est pas un jouet. C'est du logiciel d'entreprise. La différence ? Le jouet, on vous le rembourse. Le logiciel d'entreprise, vous le payez par siège, par mois, et vous signez pour un an.
Un open space, pas un terrain de jeu
The Verge l'a formulé mieux que n'importe quel analyste maison : Dots ressemble à « un logiciel de travail qui se trouve pouvoir vous commander un burrito », l'accent étant mis sur le travail. Traduction : la démo qui fait rire en keynote, c'est le burrito. La facture qui fait moins rire, c'est l'open space entier qui s'y met.
OpenAI promet que vous pourrez bientôt empiler plusieurs Dots. Pour l'instant, vous en avez un. Un. On est très loin de la meute d'agents autonomes qui devait raser votre organigramme. Pour le moment, vous avez un caillou qui remplit un tableau et prend un rendez-vous. Ne remerciez pas, il le fait pour vous.
Muse, Dots, et le même moule
Meta sort Muse. OpenAI sort Dots. Même interface en deux volets — vous discutez d'un côté, vous regardez le machin travailler de l'autre. Mêmes avatars tout ronds. Même syntaxe narrative : « des petits gars adorables qui exécutent vos ordres ».
Le copier-coller n'est pas un crime dans la Silicon Valley, c'est une stratégie produit. Mais il faudrait arrêter de vendre chaque duplication comme une révolution. Deux boîtes, deux noms, une seule idée : transformer votre métier en poste de supervision. Vous ne produisez plus, vous surveillez quelqu'un qui prétend produire à votre place. Chez les cadres, ça s'appelle une promotion. Partout en dessous, ça s'appelle un plan social poli.
Qui paie, qui encaisse
Suivez l'argent : il part exactement où il part d'habitude. OpenAI n'a pas construit un agent pour vous adoucir la vie. Il a construit un agent pour s'installer dans le seul endroit qui n'était pas encore facturé : le flux de travail de l'entreprise, là où la dépense est déjà votée, déjà amortie, jamais contestée en comité.
Pendant ce temps, les mêmes voix qui juraient il y a dix-huit mois que l'IA allait effacer la moitié du salariat vous expliquent doctement qu'un agent capable de réserver un burrito, c'est déjà très fort. On notera la trajectoire. Les « révolutionnaires » demandent gentiment à prendre vos notes de réunion.
Pas de prix, pas de garanties, mais des avatars
Ce qu'OpenAI n'a toujours pas mis sur la table : le tarif réel, les quotas, la question du stockage des données que l'agent va aspirer dans vos outils internes, et la garantie qu'il ne balancera pas vos fichiers comptables dans le pipeline d'entraînement. Chaque agent branché sur votre Drive est une porte de plus. Personne n'a envie de lire le rapport d'incident après coup.
À OpenAI : arrêtez de nommer vos produits comme des personnages de dessin animé. Un nom mignon ne remplace ni un chiffre, ni un SLA, ni une clause de confidentialité lisible. À Meta : vous avez copié quelqu'un qui vous copiait. Félicitations, vous êtes à jour.
Et à vous, journalistes, qui avez baptisé le vôtre avant d'écrire une seule ligne : vous êtes précisément le public visé. Bienvenue dans la démo. Le contrat de licence, lui, ne s'appelle pas Dotty.