San Francisco, un mardi matin comme les autres. Un développeur insomniaque, fébrile, tape dd-cli order --item "Double-Double" --address 123.... Quelques secondes plus tard, un livreur à vélo dépose un cheeseburger tiède devant sa porte. La révolution est en marche. Ou plutôt, la dernière trouvaille marketing de DoorDash pour faire croire que l'IA va sauver la bouffe.
Un CLI pour remplacer l'humain — mais pas le pourboire
DoorDash ouvre en bêta limitée dd-cli, un outil en ligne de commande qui permet — tenez-vous bien — de rechercher des stores, construire un panier et passer commande depuis le terminal. Une fonctionnalité que tout shell Unixiste digne de ce nom aurait pu bricoler avec une API REST, un curl et quelques regex, mais que DoorDash vend comme “une nouvelle étape vers un logiciel conçu pour les agents IA”. Traduction : nous voulons que les bots commandent à notre place, parce que les humains commencent à coûter cher en acquisitions clients.
Bien sûr, le CLI est une mode recyclée des années 80, remise au goût du jour par les startups qui ne savent plus quoi inventer pour gonfler leur ARPU (Average Revenue Per User). Mais ici, le vrai client, ce n’est pas vous, c’est l’agent. ChatGPT, Claude, Copilot, etc. Autant de bouches numériques (et sans salive) à nourrir. DoorDash espère que vos assistants IA préfèreront son service plutôt que celui de Uber Eats. Et pendant ce temps, les livreurs, eux, continuent de ramer sur des vélos Cargo sous la pluie pour 3,50 € la course.
Des promesses de “productivité” — mais qui nettoie le code ?
Le communiqué de presse — car il y a bien sûr un communiqué pompeux — vante “l’accélération des workflows de développement”. En clair, le dev n’a plus besoin d’ouvrir une app mobile ou un navigateur pour commander son repas. Il peut le faire depuis Vim, sans interrompre son flux. Génial, non ? Sauf que dans la vraie vie, ce même dev va passer trois heures à configurer le CLI parce que le fichier de config dd-cli.json exige un token OAuth flanqué d’un secret qui expire toutes les 24 heures. Productivité, tu parles.
Et que se passe-t-il quand l’agent IA, dans sa toute-puissance, commande 200 pizzas pour une équipe de cinq ? DoorDash a-t-il prévu un --dry-run pour simuler avant d’acheter ? Bien sûr que non. Le design pattern favori des hype-tech est “move fast and break things”, surtout les comptes en banque des utilisateurs. Mais ça, on ne vous le dit pas dans le blog post Corporate.
Suivez l’argent — ou plutôt le manque à gagner des restaurants
Derrière cette annonce paternaliste, il y a un vrai business : les commandes automatisées signifient moins de frictions, donc plus de volume, donc plus de commissions pour DoorDash. Les restaurants, déjà étranglés par des marges de 25 à 30 %, vont devoir gérer des ordres passés par des JSON mal formés. Les développeurs, eux, deviennent des cobayes pour une fonctionnalité qui pourrait tout aussi bien disparaître dans six mois, après une énième levée de fonds ou un changement de CEO.
Alors oui, vous pouvez commander un burrito depuis votre terminal. Mais est-ce que vous voulez vraiment que votre prochain repas dépende d’une boucle while true mal écrite ? Non. Mais c’est le deal : nous acceptons tous, chaque jour, que la tech transforme nos besoins les plus basiques en produits alpha. Le CLI de DoorDash n’est que le dernier symptôme. Bon appétit, les robots.