Digg, le phénès du Web 2.0 qui a déjà connu plus de morts et de renaissances qu'un chat de Schrödinger sous amphétamines, revient nous faire le coup de l'IA. Dans un email envoyé cette semaine à une poignée de beta testeurs, la plateforme annonce son nouvel objectif : « suivre les voix les plus influentes dans un domaine » et « mettre en avant les news qui méritent vraiment qu'on y prête attention ». Traduction : on a collé un logo IA sur le même vieux moteur à rumeurs, et on espère que personne ne remarquera que le fond est toujours aussi creux.
La promesse : une IA qui sait ce qui compte vraiment
Franchement, qui a demandé ça ? Digg, le site qui a survécu à l'ascension et à la chute de Reddit, à son propre suicide avec la version 4.0, et à une série de rachats dont le seul génie était de prolonger l'agonie, nous pond aujourd'hui un agrégateur augmenté par une IA. On ne sait pas laquelle (transparence, vous repasserez), ni sur quels critères elle décrète qu'une voix est « influente ». Mais on devine : les mêmes gros comptes Twitter, les mêmes think tanks bien propres, les mêmes blogs sponsorisés. Bref, exactement ce que Digg faisait avant, mais en plus opaque et avec un chatbot qui vous explique pourquoi vous devriez cliquer sur l'article.
Derrière la hype, qui dirige vraiment le show ?
Suivons l'argent. Digg appartient aujourd'hui à une boîte de pub programmatique, BuySellAds (rachetée en 2022 pour une somme non divulguée – mauvais signe). L'ambition ? Créer un « media AI » qui attire du trafic organique pour mieux le revendre aux annonceurs. Rien de neuf sous le soleil californien. Mais ce qui est croustillant, c'est que cette annonce arrive pile au moment où la hype sur l'IA générative commence à fatiguer. Montres-moi un investisseur qui n'a pas encore tout misé sur le moindre projet avec « AI » dans le nom, je te montrerai un type qui lit autre chose que TechCrunch.
Le vrai problème : qui décide de ce qui est « influent » ?
Le pire n'est pas que Digg recycle un concept daté. Le pire, c'est qu'il le fait en prétendant déléguer la curation à une machine, et donc en se lavant les mains de toute responsabilité éditoriale. « L'IA a choisi, pas nous » – la nouvelle excuse préférée des plateformes pour justifier des algorithmes biaisés, des bulles de filtres, et un assèchement de la diversité des sources. Qui sont ces « voix influentes » ? Est-ce que ce sera la même poignée de millionnaires de la tech, de politiciens bien coiffés et de consultants en « thought leadership » ? Sans doute. Digg n'a jamais su trier le bon grain de l'ivraie – pourquoi une couche de machine learning changerait la donne ?
Conclusion : une énième redite, en plus bête
Digg aurait pu rester mort, tranquille, dans son petit cimetière des startups oubliées. Mais non, il fallait qu'il ressorte avec une IA en carton, un email pompeux et la promesse implicite qu'on allait enfin payer attention à ce qui compte. Sauf que ce qui compte vraiment, c'est de comprendre qu'on est en train de se faire vendre du rêve par un site qui a déjà trahi ses utilisateurs trois fois, qui appartient à un réseau de pubs, et qui n'a pour seule innovation que d'ajouter un « AI » à son pitch deck. Vous pouvez réactiver votre compte, les gars. Moi, je reste sur mon RSS et ma méfiance.