Quelle formidable nouvelle. Londres va accueillir le futur du cloud, le temple de l'IA, le paradis du big data. Et tout cela pour la modique pollution annuelle d'un million de tonnes de CO2. Avalez ça, les écolos de Havering.
Le « campus durable » version barbecue
Le projet East Havering Data Centre Campus, porté par Digital Reef, promet d'être « une opportunité unique de créer un campus de datacentres durable du futur ». Durable, oui, si votre définition du durable inclut de flamber 218 hectares de ceinture verte pour y installer des serveurs qui tourneront électriquement du matin au soir, et dont le refroidissement nécessitera des rivières d'eau. Les documents de planification le confessent : ce petit bijou « vert » émettra annuellement l'équivalent de 8 480 allers-retours Londres-New York. Un Boeing 747, c'est charmant. Mais le cloud, lui, carbure à l'énergie fossile sans remettre les gaz.
La ceinture verte, un concept pour les faibles
Quoi de plus logique que de bétonner l'un des derniers espaces agricoles et naturels du secteur pour y poser des hangars bourrés de puces ? La green belt, ce n'est que pour le peuple, pas pour l'économie numérique. Digital Reef a sûrement nagé dans la Tamise pour trouver une excuse, mais les faits sont têtus : 218 hectares de terres arrachées, une consommation électrique équivalente à une ville moyenne, et un bilan carbone qui fera passer les vieux data centers pour des appareils à induction. Le « développement durable » version Silicon Valley : on détruit l'environnement, puis on paie des lobbyistes pour dire que c'est nécessaire.
L'IA, cette machine à brûler la planète
Et pourquoi faire ? Pour héberger de l'IA. Cette même IA qui génère des images de chats en slip, écrit des dissertations moyennes, et invente des fake news pour s'entraîner. Chaque requête ChatGPT consomme l'équivalent d'une ampoule pendant des heures. Pendant que vous lisez cet article, des millions de GPU sont en train de chauffer des datacenters quelque part, alimentés par des centrales au charbon que l'on regarde ailleurs. Le 1 million de tonnes de CO2 de North Ockendon, c'est ça, la nouvelle ruée vers l'or. Les prospecteurs sont des GAFAM, les pépites sont vos données, et les ruisseaux empoisonnés sont nos crânes.
Et les réactions ? Silence radio évidemment
Havering council va délibérer, avec la pression des sirènes du « progrès » et des promesses d'emplois locaux. On connaît la comptine : ultramoderne solitaire, création de mille postes (dont la moitié seront des ingénieurs importés et l'autre des agents de sécurité), et des millions de livres de retombées pour les pubs d'à côté. Sauf qu'en face, il y a le bilan carbone le plus élevé de tout l'est de l'Angleterre. Mais ça, les rapports d'audit ne le mettent pas en première page.
Alors, chiche : la prochaine fois que Digital Reef parle de durabilité, rappelez-leur les 8 480 avions qui auraient pu voler à leur place. Ils n'ont même pas l'excuse d'avoir des ailes.