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Colossal Biosciences pond un œuf vide

Colossal Biosciences prétend avoir créé un œuf artificiel. En réalité, ils ont juste mis un poulet dans un gobelet en plastique. La différence ? La même qu'entre une promesse de résurrection et une escroquerie bien huilée.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Les poussins gigotaient, prêts à briser leur coquille. Sauf que la coquille, c'était un gobelet en plastique transparent imprimé en 3D, dans les bureaux clinquants de Colossal Biosciences à Dallas. La boîte bio-tech, qui se rêve en ressusciteur d'oiseaux disparus, a annoncé avoir mis au point un « œuf entièrement artificiel ». Traduction : un récipient en polymère, vissé au labo, pour remplacer la nature. Révolution ou coup de com ? On vous donne la réponse gratuitement : c'est du vent.

Un œuf en plastique pour un poulet hors-sol

Colossal, c'est cette start-up dopée au capital-risque qui promet de ramener le dodo, le mammouth laineux et autres bestioles disparues. Leur dernière trouvaille : un incubateur artificiel en résine, format tasse à café, où des embryons de poulet se développent hors de leur coquille. Les images sont jolies, les communiqués de presse pompeux. Mais posons les faits. 100 % des poussins élevés dans ces fausses coquilles meurent avant éclosion, ou presque. Colossal ne publique pas ses taux de réussite – et pour cause. Leur « œuf artificiel » n'est qu'une boîte de Petri sophistiquée, un gadget de laboratoire qui ne remplacera jamais la complexité biologique d'un vrai œuf. Mais chut : l'argent des investisseurs (50 millions de dollars levés en 2022) ne doit pas être dérangé par des détails bassement techniques.

Le dodo n'est pas près de revoler

Le vrai sujet, ce n'est pas la technologie. C'est le narratif. Colossal nous vend une version high-tech du mythe de Frankenstein, saupoudrée de de-extinction à la mode. Pendant ce temps, la vraie conservation des espèces menacées manque de moyens. Le budget annuel de Colossal pourrait financer des programmes de protection de centaines d'espèces vivantes, mais on préfère parier sur un retour des morts. Qui se goinfre ? Les fondateurs George Church et Ben Lamm, qui surfent sur la hype génétique. Qui se fait rouler ? Le grand public, abreuvé de promesses de résurrection, et les médias qui gobent sans vérifier. Même si Colossal réussissait un jour à produire un dodo de laboratoire, cet animal serait une curiosité génétique, incapable de survivre dans la nature. Mais ça, on ne le dit pas dans les conférences TED.

Quand la com' remplace la science

Cette annonce d'œuf artificiel arrive à point nommé pour faire oublier que Colossal n'a encore rien ressuscité. Leur plus grande réussite à ce jour ? Un chromosome de mammouth synthétique inséré dans des cellules d'éléphant. En attendant, ils nous balancent des poussins dans des gobelets. C'est amusant, c'est photogénique, et ça cache l'absence de résultats concrets. Colossal n'est pas une entreprise de désextinction, c'est une machine à lever des fonds, habilement déguisée en laboratoire de pointe. Leur vraie spécialité : faire parler d'eux pour attirer les prochains tours de table.

Alors, cet œuf artificiel, révolution ou poudre aux yeux ? La réponse est dans la question. Colossal Biosciences nous pond un bel œuf vide, et les médias se jettent dessus comme des poulets devant du maïs. Pendant ce temps, les vrais œufs, ceux qui donnent la vie, continuent de se faire dans les nids des vraies espèces, sans imprimante 3D ni levée de fonds. Mais ça, c'est moins vendeur.

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