Quand le PDG de Cloudflare, Matthew Prince, déclare que l'IA a rendu 1 100 postes obsolètes pendant que le chiffre d'affaires atteignait un record, on comprend vite que la « révolution IA » n'est qu'un prétexte pour une saignée bien plus prosaïque. En clair : on vire du monde, on encaisse les dividendes, et on appelle ça de l'« efficacité augmentée ». Bravo l'artiste.
Les licenciements « intelligents » : une tradition bien huilée
Cloudflare, la chérie des développeurs et des anti-DDoS, a annoncé sa première coupe massive d'effectifs. 1 100 postes supprimés — principalement dans le support technique et les services clients. Prince explique sobrement que l’IA permet de remplacer ces rôles par des chatbots et des systèmes automatisés. Sauf que le timing est parfait : l'entreprise vient d'afficher des revenus trimestriels en hausse de 32 % par rapport à l’année dernière, frôlant les 400 millions de dollars. Ironie du sort : les investisseurs applaudissent, les actionnaires se frottent les mains, et les 1 100 familles se retrouvent à la rue. « C'est le progrès », dirait-on dans les salons feutrés de la Bay Area.
L'IA bouc émissaire de choix
Prince, avec son sourire de startupeur bronzé, a osé déclarer que l’IA était « plus efficace que les humains pour répondre aux tickets de support ». Vraiment ? Alors pourquoi les forums de Cloudflare sont-ils submergés de plaintes d’utilisateurs qui reçoivent des réponses génériques sans queue ni tête ? L’IA, pour l’instant, est surtout un super-nerd incapable de comprendre le contexte réel d’une panne. Mais ce n’est pas le problème : le vrai motif, c’est de réduire la masse salariale pour maintenir une marge brute à 78 %. On jette les humains, on garde les robots, et on repeint le tout en « transformation numérique ». Un classique depuis la vague d’automatisation des années 1980, mais avec un vernis techno-woke.
Les vrais gagnants ? Les actionnaires, évidemment
L’annonce a fait bondir l’action Cloudflare de 6 % en post-market. Les analystes jubilent : « Cloudflare montre la voie vers une entreprise plus lean, plus automatisée. » Traduction : moins de charges salariales, plus de cash pour les rachats d’actions et les bonus des dirigeants. Pendant ce temps, les petites entreprises clientes, qui paient des abonnements coquets pour un support humain, se retrouvent avec un bot qui vous répond « Votre problème a été résolu » alors que votre site est toujours en rade. Mais qui s’en soucie ? Tant que le cours de l’action monte, les robots peuvent bien répondre n’importe quoi.
Et la régulation dans tout ça ?
Bien sûr, personne ne s’émeut. Les autorités de concurrence regardent ailleurs, les syndicats américains sont quasi inexistants dans la tech, et les médias mainstream titrent benoîtement « Cloudflare mise sur l’IA pour gagner en efficacité ». Pas un mot sur les 1 100 familles, pas une question sur la qualité du service après-vente. Susanoo News rappelle que ce n’est pas la première fois qu’une entreprise utilise l’IA comme alibi pour un plan social : Amazon, Meta, Microsoft, et désormais Cloudflare. Le pattern se répète : on embauche massivement pendant la pandémie, puis on licencie en prétextant l’IA quand le marché se refroidit. Et les actionnaires applaudissent. Comme toujours.
Le vrai coût de l’efficacité
Alors, que retenir de cette annonce ? Cloudflare a viré 1 100 employés, enregistré un chiffre d’affaires record, et le PDG remercie l’IA. C’est beau, non ? On remplace des humains par des algorithmes, on externalise la misère, et on appelle ça de l’innovation. Susanoo News vous invite à réfléchir : la prochaine fois que vous lirez une dépêche sur les « gains d’efficacité grâce à l’IA », demandez-vous combien de vies sont broyées dans l’engrenage. Et surtout, n’oubliez pas : Matthew Prince n’a pas perdu son bonus cette année. Lui, il dort tranquille.