Ah, la legal tech. Ce joli petit business de greffiers en startup qui promet de révolutionner les cabinets d'avocats en remplaçant leurs classeurs par des clouds et leurs stagiaires par de l'IA. Et voilà que Clio, le champion local du logiciel pour juristes, annonce 500 millions de dollars de revenus annuels récurrents. Félicitations, vous venez de monétiser la paperasse comme personne. Mais ne vous endormez pas sur vos liasses : Anthropic, le gourou de l'IA façon oracle de la Silicon Valley, vient de dégainer un modèle qui promet de lire tout le code civil en un clignement de réseau neuronal.
Clio : 500 millions, et alors ?
Le chiffre est rond, joli, parfait pour un communiqué de presse qui sent le produit d'entretien pour cabinets en mal de modernité. Clio a atteint ce montant en séduisant – disons plutôt en migrant – des milliers de cabinets vers leurs outils de gestion. Très bien. Mais soyons honnêtes : ces 500 millions ne sont que la face visible d'un marché où les vrais gagnants sont les éditeurs de logiciels, pas les avocats ni leurs clients. Combien facturent-ils par utilisateur ? Combien de renouvellements automatiques noyés dans des clauses en petits caractères ? Personne ne le dit, mais tout le monde le sait.
Pendant ce temps, la concurrence est aux basques. Les startups de legal tech poussent comme des mauvaises herbes dans un pré grassement arrosé de capital-risque. Chacune promet l'eldorado : temps gagné, risques réduits, facturation optimisée. Mais au fond, ce sont toujours les mêmes promesses marketing recyclées, emballées dans des pitch decks avec des effets parallax.
Anthropic : le dieu de l'IA débarque dans le prétoire
Et là, surprise – ou pas –, Anthropic lâche une bombe. Leur nouveau modèle de langage, probablement entraîné sur tous les arrêts de la Cour de cassation et les monceaux de littérature juridique, ambitionne de faire le travail mieux et moins cher que n'importe quel cabinet. Sauf que le diable se cache dans les tokens. Qui contrôle le modèle ? Qui valide la jurisprudence utilisée ? Et surtout, qui paie la facture quand l'IA conseille une clause que le juge désavoue ?
Les avocats, ces preux chevaliers du barreau, vont-ils se laisser déposséder de leur sacro-sainte expertise ? Probablement pas, mais ils vont devoir composer avec un assistant qui ne dort jamais, ne facture pas d'heures supplémentaires et ne boit pas de café. Anthropic le sait, Clio le sait, et les directions juridiques des grandes entreprises se frottent les mains.
Qui se goinfre, qui se fait rouler ?
Suivons l'argent. Les 500 millions de Clio, c'est surtout de l'argent pompé sur le dos des avocats – via des abonnements, des coûts de migration, des formations obligatoires. Les vendeurs de pioches s'enrichissent pendant que les chercheurs d'or s'essoufflent. Anthropic, de son côté, monétise l'attention et les données. Leur IA est un aspirateur à jurisprudence, mais à qui appartiennent les résumés qu'elle génère ? Aux avocats ? À Anthropic ? À personne, comme d'habitude.
Pendant que les regulateurs se grattent la tête en se demandant comment encadrer ces outils, les startups legal tech engraissent les fonds d'investissement. Les clients des avocats paient in fine la note, sans jamais être consultés. Une belle mécanique de transfert de valeur.
Conclusion : le prétoire vide ?
Clio célèbre ses 500 millions, Anthropic avance ses pions. Mais le vrai procès n'a pas eu lieu : celui de l'utilité réelle de ces technologies. Parce que si demain les cabinets tournent à l'IA et au SaaS, qui assure encore la défense du justiciable ? Personne. Juste des machines qui calculent des probabilités de condamnation sur des corrélations discutables.
Mais ne vous inquiétez pas, le marketing est déjà en train de nous vendre ce futur en mode « disruption positive ». Susanoo News, lui, continuera à regarder les mains sales.