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Climat tech 2026 : les entreprises à surveiller, les bilans à enfouir

Le climat tech a ses listes, ses gourous et ses licornes. Il a aussi un problème : les tonnes de CO₂. Celles qu'on promet, celles qu'on achète, et celles qui continuent de monter. Suivez l'argent — il sent le pétrole.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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On nous promet une liste. Des noms, des pépites, des « champions » de la décarbonation à suivre en 2026. Vous n'aurez rien. Juste un titre. Et ce vide est, à lui seul, le meilleur résumé du secteur : énormément de promesses, très peu de tonnes vérifiables.

Le genre « à surveiller » ne sert qu'à fabriquer de la traction

Une liste de « companies to watch » n'est pas un outil d'information, c'est un instrument financier. Elle existe pour une raison : un fonds doit sortir de sa position dans quatre à sept ans, et il a besoin que quelqu'un d'autre croie à l'histoire avant lui. Le classement est un prospectus déguisé en article. Le journaliste qui le publie ne couvre pas un secteur — il en fait la promotion, souvent sans le savoir, parfois en le sachant très bien.

Le test est simple : demandez à ces listes de 2021, 2022 et 2023 combien de leurs « champions » existent encore. Personne ne publie ce bilan. C'est pourtant le seul qui compte.

Suivez l'argent : il sent le pétrole

Prenons le cas le plus propre du lot, la capture directe de CO₂ dans l'air. Technologie fascinante, coût réel autour de 1 000 dollars la tonne. En août 2024, Microsoft a signé avec 1PointFive — filiale d'Occidental Petroleum — l'achat de 500 000 tonnes de crédits d'ici 2032. Occidental vend donc à Microsoft l'absolution de ses émissions, financée par un puits de pétrole qui continue de forer.

Et pendant ce temps, les émissions de Microsoft — Scope 1, 2 et 3 — ont grimpé d'environ 30 % depuis 2020, portées par l'IA et ses data centers. Voilà le grand récit de 2026 : on achète des tonnes virtuelles pour compenser des tonnes bien réelles qu'on refuse de réduire. La neutralité carbone est devenue un produit dérivé, et le sous-jacent ne vaut rien.

Le crédit carbone, ce produit dérivé dont plus personne ne veut

En janvier 2023, une étude publiée dans Science estimait que près de 90 % des crédits de « déforestation évitée » de Verra n'avaient produit aucun bénéfice climatique mesurable. Verra, c'est le principal certificateur mondial. Neuf crédits sur dix, donc : de la comptabilité imaginative vendue à des entreprises qui voulaient cocher une case.

Trois ans après, les mêmes acteurs vous expliquent, avec une tranquillité d'huissier, que la « qualité » est désormais au cœur de leur modèle. La qualité. Ils ont vendu du vent certifié pendant quinze ans et viennent vous parler d'audit interne.

Avril 2024 : le régulateur volontaire a capitulé

Rappelez-vous la SBTi, l'organisme censé valider les trajectoires climat des entreprises. En avril 2024, son conseil annonce vouloir autoriser les crédits carbone pour compenser les émissions de Scope 3. Révolte interne immédiate, membres du personnel demandant le départ du directeur, administrateurs évincés. Le gendarme volontaire du climat a tenté de légaliser la triche, et s'est fait rattraper par ses propres salariés.

Message aux régulateurs publics : voilà ce que produit l'autorégulation. Un arbitrage rendu non pas sur la science, mais sur le confort des annonceurs.

Les faillites que les listes n'ont jamais listées

Northvolt, l'étendard européen de la batterie, avec ses milliards levés et ses contrats signés, a déposé son Chapter 11 en novembre 2024, puis la faillite en Suède en mars 2025. L'hydrogène vert ? Air Products a sabré des projets entiers dès 2024. Combien de ces noms figuraient dans des « 50 entreprises à surveiller » ? Presque tous. Combien de ces listes ont publié un rectificatif ? Comptez.

Ce qu'il faudrait vraiment surveiller en 2026

Pas les entreprises. Les chiffres d'émissions absolus, publiés chaque année, méthode inchangée. Pas les annonces de levées de fonds. Le capital investi face au CO₂ réellement évité, en tonnes, audité par un tiers qui n'est pas payé par le vendeur. Pas les objectifs 2030 ou 2050. Le résultat de l'année écoulée, et l'écart avec l'année d'avant.

Et une question unique, à poser à chaque patron de la climat tech, à chaque fonds, à chaque certificateur : quelle est votre baisse d'émissions réelles, en valeur absolue, hors achat de crédits ? Ceux qui répondent sans détour méritent une liste. Les autres méritent une enquête.

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