Chez Meta, un lancement produit se conjugue désormais au futur conditionnel. Muse est sorti il y a deux semaines. Deux. Et voilà déjà le communiqué triomphal : Meta « travaille » à l'amener sur ses lunettes connectées, y compris les nouvelles dévoilées au Meta Connect. Pas « Muse est disponible ». Pas « Muse fonctionne ». « On y travaille ». Trois mots, une salve de dépêches, et sans doute une prime pour l'équipe communication.
« On y travaille » : le vaporware a trouvé son slogan
Traduisons pour ceux qui n'ont pas fait HEC. « Working on », dans le dialecte de Menlo Park, signifie : nous avons une démo qui tourne sur le téléphone d'un ingénieur, nous avons un slide, et nous avons besoin que vous en parliez pendant six mois pour que le cours de l'action tienne. Le jour où vous pourrez réellement dire « Muse, guide-moi sur cet exercice » à vos lunettes, on vous préviendra. Peut-être.
Parce que les promesses, elles, sont déjà là, bien alignées sur la table : guider une séance de sport, journaliser vos repas, vous aider à acheter ce que vous regardez. Relisez le dernier item. « Vous aider à acheter ce que vous regardez. » Ce n'est pas un assistant. C'est un vendeur. Un vendeur qui vit sur votre nez.
Le seul truc qui marche vraiment était enterré trois paragraphes plus bas
Pendant que la planète tech s'extasie sur l'agent qui n'existe pas encore, la seule chose tangible du lot passe presque inaperçue : une fonction d'amplification auditive, que Meta présente comme un logiciel « FDA-cleared » destiné aux adultes touchés par une perte auditive légère à modérée. Ça, c'est du concret. Ça, c'est validé par un régulateur. Ça, ça change la vie de gens qui n'ont rien demandé à la Silicon Valley.
Et c'est rangé dans la case « accessibilité », entre deux slides sur l'IA générative. Parce qu'une prothèse auditive déguisée en monture de lunettes ne fait bander aucun actionnaire. Un « agent », si.
Le business model est écrit noir sur blanc dans la phrase
Suivez l'argent, il ne se cache même plus. Un appareil porté en permanence sur le visage, avec caméra, micro et connexion, qui sait où vous regardez, ce que vous mangez, combien de squats vous faites et devant quel rayon du supermarché vos yeux traînent. Ce n'est pas un assistant personnel, c'est un panneau publicitaire qui vous suit à la trace et vous fait payer l'honneur.
Meta n'a jamais vendu autre chose. Le hardware est un cheval de Troie, le prix d'appel est une plaisanterie, et la marchandise, c'est vous. Remarquez l'exploit : Zuckerberg a réussi à faire porter volontairement à des millions de personnes une caméra connectée au-dessus des yeux, après un procès resté célèbre pour une histoire de lunettes-caméra. Chapeau. Ou plutôt : lunettes.
Ce qu'on ne vous dit pas
On ne vous dit pas combien d'utilisateurs ont réellement réclamé Muse. On ne vous dit pas quand il arrivera sur vos branches. On ne vous dit pas ce qui se passe quand le modèle se plante — quand il confond votre allergie avec un plat sain, ou « journalise » un repas que vous n'avez jamais avalé. On ne vous dit pas non plus qui lit ces journaux intimes alimentaires.
Alors un mot aux régulateurs : le jour où une fonction « FDA-cleared » cohabite dans le même objet qu'un agent publicitaire capable d'entendre chaque conversation, quelqu'un devra choisir entre les deux métiers. Ce ne sera pas Meta. Meta, lui, empile.
En attendant, Muse arrive. Bientôt. Sur des lunettes. Un jour. Faites une capture d'écran du communiqué : ça, au moins, c'est livré immédiatement.