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Chez Flock, on ne licencie pas : on achète les départs

Flock Safety, la machine à surveillance qui valait 7,5 milliards, propose des « buyouts » à ses salariés — et prévient qu'elle licenciera s'ils refusent. Dans la Silicon Valley, on appelle ça une transition volontaire. Ailleurs, on appelle ça un chantage.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Flock Safety a inventé le plan social élégant. Pas de lettres recommandées, pas de DRH en sueur, pas de caméras de surveillance dans le couloir — ça serait cocasse, remarquez, pour une boîte qui en vend. Non : Flock propose des « buyouts », comprenez un chèque contre une démission volontaire. Et si le personnel ne mord pas à l'hameçon, la direction prévient sans trembler : elle devrait « presque certainement » procéder à des licenciements.

« Presque certainement ». Voilà une formule qu'on n'écrit pas par hasard. C'est du chantage en costume trois-pièces : signez, ou on signe pour vous.

« Buyout » : le mot que la Silicon Valley a inventé pour ne pas dire licenciement

La novlangue du capital-risque ne s'arrête jamais aux portes des RH. On ne vire pas, on « optimise la structure ». On ne fait pas un plan social, on offre une « transition volontaire ». On ne réduit pas la voilure, on « réaligne l'organisation sur ses priorités stratégiques ».

Traduction pour les gens qui paient un loyer : la croissance a calé, le carnet de commandes ne suit plus l'organigramme, et il faut dégraisser avant que les investisseurs ne posent des questions désagréables au prochain board.

Sept milliards et demi de valorisation, et on racle les fonds de tiroir

Rappelons le décor. Flock Safety, fondée à Atlanta en 2017 par Garrett Langley, a engrangé près d'un milliard de dollars de financement en moins de huit ans. Sa dernière levée, de l'ordre de 275 millions de dollars, affiche une valorisation autour de 7,5 milliards. L'entreprise a avalé le fabricant de détection de tirs ShotSpotter pour environ 385 millions, puis un spécialiste des drones. Le tout en promettant la sécurité éternelle à des milliers de polices municipales.

Une machine à cash pareille qui doit économiser sur ses propres salariés ? Ce n'est pas une anomalie. C'est le signal. Quelque part, le modèle a un problème que le communiqué de presse ne mentionne jamais.

Le vrai angle mort : vendre la surveillance à perte d'image

Pendant que Flock compte ses jetons, ses clients comptent autre chose : les motions de censure. Des dizaines de conseils municipaux, de shérifs et de campus ont résilié ou refusé de renouveler leurs contrats, poussés par des campagnes citoyennes et des rapports d'associations de défense des libertés. Les révélations sur l'accès d'agences fédérales à des données de plaques d'immatriculation ont transformé chaque contrat en dossier politique.

Un maire qui signe avec Flock aujourd'hui ne signe pas un bon de commande. Il signe une future réunion publique houleuse. Ça finit par se voir dans les prévisions de revenus — et dans les effectifs.

Qui se goinfre, qui trinque

Soyons clairs, puisque personne ne le dira à votre place. Ceux qui ont misé tôt ont déjà sécurisé leur sortie théorique : leur argent est en haut de la pile de liquidation, dans un monde où la valorisation tient. Les salariés, eux, sont en bas. Ils étaient les premiers à croire au pitch, ils seront les premiers à porter le chèque à la banque en évitant le regard de leurs collègues.

Quant aux contribuables américains, ils financent les deux bouts : ils achètent les caméras à prix d'or, puis ils paieront les allocations de ceux qu'on aura « aidés à partir ».

Un mot pour Garrett Langley

Vous avez construit une entreprise dont le produit est de regarder les gens en permanence. Vous devriez peut-être commencer par regarder ce que vous faites à vos propres équipes. Un « buyout » n'est pas une porte de sortie digne. C'est une porte dérobée, avec un tapis rouge dessus.

Et si le chiffre d'affaires ne suit plus la hype, dites-le franchement. Vos clients savent déjà ce que ça coûte de vous faire confiance.

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