Encore un CEO qui confond sa guitare avec un cerveau. Edward "Bud" Cole, le grand manitou de Fender, a profité du 75e anniversaire de la Telecaster pour offrir une interview à T3 en mai dernier. Mais ses déclarations sur l'IA et la musique viennent de refaire surface. Comme un mauvais solo de slide. Et le timing est exquis : Fender vient de se tirer une balle dans le pied en envoyant des lettres de cessation et d'abstention à des luthiers indépendants, réclamant un copyright sur la forme du corps de la Stratocaster. Vous avez bien lu : la forme. Pas le son, pas l'âme. La courbe. Le truc que Leo Fender a dessiné en 1954 et qui traîne depuis dans le domaine public de l'inconscient collectif. Mais apparemment, posséder 70 ans de légende ne suffit pas, il faut aussi verrouiller la géométrie.
Le manager comme métaphore : quand Cole compare ses musiciens à des machines
Dans cette interview, Cole a expliqué, avec le flegme d'un banquier expliquant un produit toxique, que jouer des reprises, c'est un peu comme utiliser une IA. Et que vos collègues de groupe ? De l'IA analogique. Sérieusement. Le type qui vend des guitares à des humains en chair et en os vient de dire que les musiciens sont des algorithmes améliorés. Il a probablement voulu dire que la musique est un langage de modèles et d'itérations. Mais ce qu'on entend, c'est la condescendance d'un industriel qui voit ses clients comme des données d'entraînement.
La stratégie du bâton : Fender attaque ses propres fans
Pendant que Cole bavardait sur les vertus de l'IA, son service juridique s'activait. Des lettres de cessation et d'abstention commencent à tomber chez les petits luthiers qui osent fabriquer des copies de Stratocaster. Pas des contrefaçons — non, des instruments inspirés, des hommages, des modifications. Fender argue que la forme du corps est sa propriété intellectuelle. C'est techniquement discutable, juridiquement bancal, et moralement pitoyable. On est à deux doigts de voir Fender breveter le rock'n'roll.
Boycott en vue : la goutte qui fait déborder le pot de Gibson (et Fender, tant qu'on y est)
Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Plusieurs gros YouTubers guitare, qui alignent des vues à six chiffres sur leurs démos, ont annoncé publiquement qu'ils n'achèteront plus rien chez Fender. Une hémorragie que la marque aurait pu éviter avec un simple communiqué d'excuses. Mais non. Fender préfère défendre sa propriété intellectuelle contre des fans passionnés, tout en comparant ces mêmes fans à des IA analogiques. On ne sait pas ce qui est le plus insultant : la menace juridique ou le mépris culturel. Probablement les deux, en stéréo.
Le vrai problème : l'argent, toujours l'argent
Derrière le discours techno-branché de Cole, il y a une stratégie de rente. Si Fender peut faire valoir un copyright sur la forme de la Strat, elle peut encaisser des licences pour chaque copie, chaque variation, chaque clin d'œil. C'est le même mouvement que celui de Gibson avec ses modèles historiques, même combat contre les amateurs, même pathétique. On transforme l'héritage du rock en parc d'attractions juridique. Les concurrents chinois vont s'engouffrer dans la brèche, les luthiers vont ricaner, et Fender continuera à vendre des reissues hors de prix à des boomers nostalgiques. Vous êtes prévenus : la prochaine fois que vous accordez votre gratte, pensez à demander la permission à Bud.