Bonne nouvelle : vous allez pouvoir parler à votre téléphone pour qu'il fasse le travail à votre place. Mauvaise nouvelle : c'est exactement le même téléphone qui héberge votre boîte mail, votre appli bancaire et les photos que vous n'avez jamais osé montrer à personne.
OpenAI déploie ses fonctions dites « agentiques » — comprenez : un assistant qui ne se contente plus de répondre mais qui agit — dans l'application mobile de ChatGPT, pilotées à la voix, via un onglet Work. Réservé aux abonnés Plus (20 dollars par mois) et Pro (200 dollars par mois). Les autres continueront de faire leurs courses eux-mêmes. C'est ce qu'on appelle la démocratisation.
L'agentisme, ce produit qu'on vous vend depuis deux ans et qui marche à moitié
Rappelons la chronologie, elle est édifiante. Operator, janvier 2025. ChatGPT agent, juillet 2025. À chaque lancement, la même litanie : démonstration léchée, benchmarks soigneusement choisis, un dirigeant en chemise qui sourit, et une réalité qui gratte. Un agent qui réussit huit tâches sur dix est un agent qui se plante deux fois. Sur un navigateur de bureau, le raté vaut une capture d'écran ridicule. Sur un mobile avec accès à vos comptes, il vaut un virement.
Personne ne vous vend un stagiaire avec 20 % de taux d'échec en le présentant comme une révolution. On vous le vend comme un stagiaire. Nuance.
Le mobile, c'est-à-dire la pire surface possible
Le desktop est un terrain clos. Le téléphone, lui, est un organe. Il vous suit aux toilettes, il connaît votre position, il détient vos facteurs d'authentification, il reçoit vos SMS de validation. Y installer un agent capable d'enchaîner des actions à partir d'une instruction vocale, c'est ouvrir une porte dérobée au nom de la praticité.
Et ne comptez pas sur le prompt pour vous sauver. L'injection d'instructions via une page web, un mail ou un PDF reste le trou béant de toute l'architecture agentique. Un texte malveillant planqué sur un site suffit à détourner l'agent. Sauf qu'ici, le site en question est à dix centimètres de votre poche et l'agent a vos droits d'accès. Bonne chance pour expliquer à votre banque que « c'était l'IA ».
Ce qu'OpenAI achète vraiment avec vos 20 dollars
Suivez l'argent. Un chatbot classique collecte vos questions. Un agent collecte vos procédures : quels outils vous utilisez, dans quel ordre, quels formulaires vous remplissez, quels fournisseurs vous contactez, à quelle fréquence. C'est un mètre de plus dans l'intimité, et pas n'importe lequel : le mètre des habitudes de travail.
C'est précisément ce que vaut une entreprise valorisée autour de 500 milliards de dollars et qui doit justifier cette arithmétique à des investisseurs nerveux pendant qu'Anthropic et Google lui soufflent dans le cou. Les données conversationnelles, c'était la phase un. Les données d'action, c'est la phase deux. Et vous payez l'abonnement qui permet de les récolter.
Le web se barricade pendant qu'on défonce la porte
Détail croustillant : au moment même où OpenAI promet à ses abonnés que leur agent va naviguer et agir pour eux, une bonne partie du web installe des tourniquets. Cloudflare a activé par défaut, à l'été 2025, le blocage des robots d'IA chez ses clients. Des éditeurs facturent le crawl à la requête. Des sites renvoient une version dégradée de leurs pages aux agents.
Autrement dit : on vous vend une autoroute, et à l'autre bout les péages sont déjà en construction. Les démos de San Francisco se font sur des sites complaisants. Le web réel, lui, n'a pas signé le contrat.
Et les régulateurs regardent ailleurs
Un agent qui agit, qui se trompe, qui engage votre responsabilité juridique ou financière : dites-moi quelle case du règlement européen sur l'IA ça remplit proprement. Le texte a été taillé pour des systèmes qui classent, recommandent ou génèrent. Pas pour des logiciels qui cliquent sur « valider » à votre place. Le Digital Services Act, lui, parle de contenus, pas de mandats implicites.
Résultat : une zone grise parfaite. Quand l'agent se trompera, l'utilisateur sera responsable. Quand il réussira, OpenAI encaissera la démonstration.
Alors, Sam, on en est où
Monsieur Altman, vos 800 millions d'utilisateurs hebdomadaires revendiqués ne sont pas un argument de fiabilité. Ce sont des cobayes en nombre. Vous poussez une technologie à taux d'erreur non nul sur l'appareil le plus intime de vos clients, en la facturant comme un privilège.
Et vous, abonné Pro à 200 dollars par mois, posez-vous une question simple avant de confier la voix à votre agent : avez-vous lu les conditions générales, ou vous les avez fait lire à ChatGPT ?