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Bruxelles découvre que le porno, c'est pas pour les enfants

La Commission européenne a enfin réalisé que des sites nommés Pornhub ou XVideos diffusent du contenu pour adultes. Après des années de laisser-faire, elle ouvre une procédure pour non-respect du DSA. Une prise de conscience aussi tardive que spectaculaire.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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L'Europe se réveille d'un long sommeil pudique

Il aura fallu attendre 2026 pour que les institutions européennes découvrent, médusées, que les plateformes de contenu pour adultes ne sont pas des sites éducatifs pour la maternelle. Ce jeudi 26 mars, la Commission a « préliminairement constaté » que Pornhub, Stripchat, XNXX et XVideos étaient en infraction avec le Digital Services Act (DSA) pour avoir... permis à des mineurs d'accéder à leurs services. On croirait lire un communiqué annonçant la découverte de l'eau tiède.

La défense « par l'écrit » : arme ultime des géants du X

Face à cette accusation foudroyante, les quatre plateformes incriminées disposent désormais d'un droit de défense aussi redoutable qu'original : elles peuvent « examiner les documents » et « répondre par écrit ». Autant dire que la terre tremble à Luxembourg. Pendant ce temps, des millions d'adolescents contournent allègrement les vérifications d'âge aussi solides qu'un château de sable, souvent avec la complicité passive – ou l'ignorance crasse – des parents.

Le DSA, bouclier en carton contre l'industrie du fantasme

Le Digital Services Act, ce règlement présenté comme le « gendarme de l'internet », montre ici ses limites face à une industrie dont le modèle économique repose sur un trafic maximal, avec une vérification d'âge minimale. Des milliards de visites mensuelles contre une poignée de contrôleurs à Bruxelles. Le rapport de force est obscène, au sens propre. La Commission brandit des « droits des utilisateurs » et une « protection des jeunes » bien théoriques face à des algorithmes conçus pour captiver et retenir, sans poser de questions gênantes.

Qui regardait ailleurs pendant toutes ces années ?

La vraie question, que notre rédaction pose avec son cynisme habituel, est la suivante : où étaient les régulateurs, les associations, les politiques, pendant les deux dernières décennies où ces sites sont devenus les « YouTube du porno », accessibles en trois clics à n'importe quel pré-ado équipé d'un smartphone ? Cette procédure « préliminaire » sent surtout la tentative tardive de se donner une légitimité, alors que le mal – l'exposition massive et précoce à la pornographie industrielle – est profondément ancré.

Et maintenant ? Un bras de fer prévisible

Les plateformes vont jouer la montre, invoquer des efforts techniques, promettre des améliorations. La Commission, elle, risque de se contenter d'amendes qui représenteront une fraction des revenus générés par le trafic des mineurs eux-mêmes. Un cercle vicieux parfait. Pendant ce temps, le vrai débat – sur l'éducation sexuelle, le contrôle parental efficace, et la responsabilité des fabricants d'appareils et fournisseurs d'accès – reste soigneusement évité. Bruxelles préfère taper sur les symptômes les plus visibles. C'est plus télégénique.

Affaire à suivre, donc. Mais ne retenez pas votre souffle en attendant une révolution. Dans ce domaine comme dans d'autres, le fossé entre la régulation et la réalité numérique est plus large que jamais.

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