Le 9 juillet 2026, la Commission européenne a lancé un appel d'offres pour la énième mouture de sa Code Week – cette « initiative citoyenne » que tout le monde applaudit mais que personne n'ose regarder dans le blanc des yeux. Objectif proclamé : « élargir l'apprentissage du codage en Europe de 2027 à 2030 ». Sous‑texte officiel : prouver que l'UE sait encore dépenser l'argent des contribuables en projets qui font joli dans les communiqués.
156 000 événements, 7 millions de participants : vraiment ?
Selon le texte, en 2025, plus de 156 000 événements ont été enregistrés dans le monde, avec près de 7 millions de participants. Des chiffres à faire pâlir un gourou de la Silicon Valley. Mais soyons honnêtes : combien de ces événements étaient un atelier « apprends Python en 20 minutes » dans une école primaire filmée en selfie ? Combien de « participants » sont des comptes Twitter revendés en lots ? La Commission n'offre aucun détail sur le taux d'abandon, la qualité réelle des apprentissages ou le nombre de gamins qui ont touché un éditeur de code plus de 48 heures après l'événement. Mais pourquoi se gâcher le plaisir avec des métriques, hein ?
Des objectifs à la pelle, une méthode à la louche
Le cahier des charges aligne six objectifs pompeux : renforcer la communauté d'ambassadeurs, attirer plus de jeunes, autonomiser les enseignants, augmenter les ressources, élargir la portée… et – cerise sur le gâteau – accroître la participation des filles. Traduction : après treize ans d'existence, l'initiative admet qu'elle n'a toujours pas résolu le problème de la parité dans le numérique. Mais qu'importe, on va lancer un nouvel appel d'offres pour « faire mieux ». Méthode Coué version institutionnelle.
Qui va se goinfrer ?
Le contrat – période 2027‑2030 – requiert des compétences en « communication, développement de ressources pédagogiques, organisation d'événements et exploitation de systèmes IT ». En clair, la Commission cherche un prestataire privé pour lui servir de bras armé. Les candidats doivent remplir un dossier avant le 15 septembre 2026 à 16 h. Et devinez quoi ? Les spécifications détaillées sont disponibles sur le portail EU Funding & Tenders, ce labyrinthe numérique que même les experts consultent avec un calmant. Le summum de l'accessibilité, vraiment.
Un « mouvement citoyen » aux mains de Bruxelles
La Code Week se targue d'être une « initiative de terrain soutenue par la Commission européenne ». En réalité, elle est financée, pilotée et monitorée par la même Commission. Les ambassadeurs ? Des volontaires bénévoles dociles. Les activités ? Cadrées par des guidelines venues d'en haut. L'argent ? 100 % public. C'est « grassroots » comme un jardin potager arrosé par un tracteur de la PAC.
Pourquoi ce papier vous concerne
Parce que cet appel d'offres est un miroir grossissant de la politique numérique européenne : des mots ronflants, des objectifs intouchables, un manque criant de transparence sur l'impact réel, et des millions d'euros qui filent vers des cabinets de conseil spécialistes en « storytelling éducatif ». Pendant ce temps, les véritables révolutions du code – celles qui forment des gens capables de produire et non de consommer – continuent à se faire dans les caves de hackers et les asso étudiantes fauchées. Mais ça, ce n'est pas assez « institutionnellement visible ».
Alors, si vous avez une ONG de digital education qui veut son morceau du gâteau, foncez. Sinon, préparez-vous à lire en 2030 le communiqué triomphal : « La Code Week a touché 15 millions de participants ! » Une fois de plus, sans chiffre sur le nombre d'enfants qui savent vraiment coder autre chose qu'un message dans une boucle for. Susanoo News vous tiendra informés, avec le cynisme requis.