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Broadcom écrase les partenaires VMware, l'Europe hésite à intervenir

Après avoir racheté VMware pour 61 milliards de dollars, Broadcom étrangle méthodiquement son écosystème de partenaires. Une coalition de fournisseurs de cloud supplie maintenant l'UE d'intervenir, pendant que le géant des semi-conducteurs leur répond de 'comprendre la réalité du marché'. Traduction : serrez-vous la ceinture, les petits.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : ARS TECHNICA
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Le grand nettoyage post-acquisition

Voilà ce qui arrive quand un fabricant de puces dévore un géant du logiciel d'entreprise : la purge. Depuis la finalisation de son acquisition monstre de VMware en novembre 2023, Broadcom mène une opération de rationalisation aussi subtile qu'un bulldozer. Son dernier coup ? Démanteler le programme de partenaires VMware, essentiel à des milliers de fournisseurs de services cloud, souvent des PME, qui intégraient ses solutions. Résultat : une coalition paniquée – CISPE en tête, qui compte Amazon parmi ses membres – a déposé une plainte officielle auprès de la Commission européenne. Ils implorent Bruxelles de forcer Broadcom à rétablir le programme. Une requête qui sent la détresse.

La 'réalité du marché' selon Broadcom : un monopole tranquille

La réponse de Broadcom à ces pleurnicheries est un chef-d'œuvre de cynisme corporatiste. Le groupe affirme que les plaignants 'représentent mal la réalité du marché'. Décryptons. La 'réalité', c'est que Broadcom a payé 61 milliards de dollars et entend maximiser son retour sur investissement, quitte à sacrifier un écosystème jugé trop fragmenté et pas assez rentable. La stratégie est transparente : concentrer les efforts sur les grands comptes globaux, et laisser les petits partenaires se débrouiller. C'est la logique du prédateur financier, pas celle d'un éditeur de logiciels qui cultive son terrain.

L'UE, arbitre impuissant d'un match truqué ?

La balle est maintenant dans le camp de Margrethe Vestager. La Commission européenne, qui avait approuvé l'acquisition sous conditions en juillet 2023, se retrouve avec un dossier brûlant. Les conditions ? Garantir l'interopérabilité des produits de virtualisation rivaux avec ceux de VMware. Rien sur la protection du réseau de partenaires. Broadcom joue donc techniquement dans les clous de l'accord antitrust, tout en vidant l'esprit de la concurrence. L'UE peut-elle, veut-elle, intervenir sur un aspect 'commercial' qui n'était pas couvert par ses engagements initiaux ? Les partenaires lésés parient sur un réveil des régulateurs. Ils risquent d'attendre longtemps.

Qui paie la facture de la consolidation ? Toujours les mêmes.

Derrière les jargon de 'rationalisation' et d'optimisation' se cache une vérité simple : les clients finaux vont payer plus cher. En réduisant les canaux de distribution et en concentrant la puissance de vente, Broadcom s'assure un contrôle accru sur les prix. Les partenaires qui survivront devront rogner leurs marges ou répercuter la hausse. Les entreprises européennes, déjà dépendantes de ces technologies pour leur infrastructure cloud, verront leur facture informatique gonfler. C'est l'effet domino classique de la consolidation à outrance : les actionnaires de Broadcom se frottent les mains, le reste de l'écosystème trinque.

La plainte des fournisseurs de cloud est le cri d'alarme d'un modèle en train de se faire broyer. Elle a peu de chances d'inverser la vapeur. Broadcom a acheté VMware pour son portefeuille clients et ses licences récurrentes, pas pour sa culture partenariale. L'Europe, souvent lente à réagir face aux coups de force des géants tech, pourrait bien se contenter de prendre des notes. En attendant, la 'réalité du marché' a un goût particulièrement amer pour ceux qui en font les frais.

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