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Brian Sietsema, nègre des épellations

Brian Sietsema, gourou des dictionnaires au Scripps Bee, incarne parfaitement le ridicule d'une compétition où l'on juge l'intelligence à la capacité de mémoriser des mots morts. Un cirque pour privilégiés, sponsorisé par l'élite.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Brian Sietsema a un mot favori. Non, ce n'est pas "cryptomonnaie" ni "licenciement". C'est probablement un truc du genre "sesquipedalian" — un mot qui signifie "qui a beaucoup de syllabes", parfait pour un mec qui passe sa vie à les compter. Vous ne le connaissez pas ? Normal. C'est l'homme de l'ombre du Scripps National Spelling Bee, ce concours où des enfants surdoués transpirent pour épeler des mots que même leur orthophoniste ne connaît pas. Sietsema est là, tel un oracle, pour confirmer les prononciations et débiter l'étymologie de "floccinaucinihilipilification" avec le sérieux d'un pasteur évangéliste.

Le cirque des lettres mortes

Le Scripps Bee, c'est le Super Bowl de l'élitisme linguistique. Depuis 1925, il fait saliver des milliers de parents qui croient que leur rejeton est le prochain Einstein parce qu'il sait écrire "pneumonoultramicroscopicsilicovolcanoconiosis" avant l'âge de 12 ans. La réalité ? En 2023, le gagnant a empoché 50 000 dollars — une misère comparée aux frais de coaching privé (jusqu'à 2 000 dollars de l'heure), aux voyages cross-country et aux nuits d'insomnie. Pendant ce temps, Scripps, le groupe de médias qui possède le concours, engrange des droits télévisés, des sponsors et des abonnements à son dictionnaire en ligne. Qui se goinfre ? Pas les gamins, c'est sûr.

Le gourou et ses disciples

Brian Sietsema, lui, joue les sages. Il est "l'expert en mots" — un titre ronflant pour un type qui passe ses journées à feuilleter le Webster's Third New International Dictionary, un bouquin de 2 800 pages qui pèse plus lourd qu'un ordinateur de 1995. On pourrait croire que son boulot est noble : éclairer les masses sur les racines grecques, latines ou arabes. En réalité, il entretient le mythe que la connaissance des mots rares est un signe d'intelligence supérieure. Foutaises. Dans le monde réel, savoir que "antidisestablishment" vient de l'anglais du XIXe siècle ne paie pas le pain. Mais ça flatte l'ego des familles qui peuvent s'offrir des coachs privés.

L'argent et l'odeur du mépris

Suivons le fric. Le Spelling Bee génère des millions en sponsoring (Kindle, les dictionnaires Merriam-Webster, etc.) et des audiences télé décentes — 8 millions de téléspectateurs en moyenne pour la finale. Mais les vrais gagnants, ce sont les coachs, les éditeurs et les organisateurs. Les enfants, eux, se cassent les dents sur des mots comme "cymotrichous" (qui a les cheveux ondulés) avant de retourner à l'école publique où on leur apprend à lire des SMS. Et les parents ? Endettés jusqu'au cou pour payer les séminaires de préparation. Bienvenue dans l'Amérique du rêve méritocratique, version Scrabble.

Et Sietsema dans tout ça ?

Lui, il est le pantin de service. Il sourit, il explique, il pontifie. Il a même un mot favori — allez savoir lequel. Peut-être "simulacre", parce que c'est exactement ce qu'il fait : simuler l'importance d'une compétition qui n'a aucune pertinence sociale. Pendant qu'il débite ses étymologies, des logiciels d'IA comme GPT-4 peuvent épeler n'importe quel mot en 0,2 seconde, sans suer. Mais non, on préfère regarder des enfants stressés à la télé, parce que ça rassure les boomers que la culture est encore vivante. Spoiler : elle est morte, enterrée, et Sietsema chante les funérailles.

Alors oui, Brian Sietsema a un mot favori. Nous aussi : "arnaque".

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