L'IA a soif, Boomi vend la paille
Le constat de Boomi est d'une banalité consternante : les projets d'IA échouent parce que les données sont un champ de ruines. 80% du temps des data scientists est passé à nettoyer des données, un chiffre connu depuis une décennie. Pourtant, la boîte de logiciels, rachetée par Dell puis par Francisco Partners et TPG pour 4 milliards de dollars en 2021, présente cette évidence comme une révélation divine. Leur solution ? Un nouveau mot-valise : la 'data activation'. Traduction : faire enfin ce que les DSI devraient faire depuis vingt ans.
Le vieux vin de l'intégration dans les nouvelles outres du hype
Boomi, fondé en 2000, est un vétéran de l'intégration d'applications (iPaaS). Son business, c'est de connecter des logiciels entre eux. Aujourd'hui, face à la frénésie IA, ils recyclent leur offre existante. Leur argument : sans données propres et accessibles, pas d'IA utile. Personne ne le contestera. La question est : pourquoi faut-il une 'révolution' et un nouveau jargon pour rappeler aux dirigeants que leurs systèmes sont des taudis informatiques ? La réponse est dans le prix de la licence.
Qui paie pour l'oubli collectif ?
Les vrais bénéficiaires ici ne sont pas les entreprises qui achètent la solution, mais les fonds d'investissement qui ont misé gros sur Boomi. Après un rachat en 2021, la pression pour justifier la valorisation est immense. Repackager l'intégration de données en 'étape cruciale pour l'IA' permet de relancer la machine à ventes et d'augmenter la valeur perçue (et le prix) d'un produit mature. Pendant ce temps, les DSI, sous la pression de livrer des POCs IA en trois mois, signent des chèques pour résoudre des problèmes qu'ils ont eux-mêmes créés en achetant des SaaS à tout va sans stratégie.
Le syndrome du marteau en or
Boomi joue sur la peur du retard. 'Vous ratez la révolution IA parce que vos données sont en vrac.' C'est vrai. Mais proposer une plateforme d'intégration centralisée comme unique remède, c'est ignorer la racine du mal : l'absence totale de gouvernance des données et la culture du silo récompensée dans la plupart des organisations. C'est donner un marteau en or à quelqu'un qui ne sait pas où est le clou, et lui facturer la leçon de bricolage en plus.
Conclusion : L'activation nécessaire est celle des neurones
La 'data activation' de Boomi n'est pas une étape manquante. C'est un rappel cruel que l'entreprise a négligé ses fondamentaux. Avant d'activer des données pour l'IA, il faudrait peut-être activer un peu de bon sens : arrêter d'acheter des solutions miracles et commencer à nettoyer son écurie. Le prochain échec de l'IA ne sera pas un problème de tuyauterie, mais de vision. Et ça, même Boomi ne peut pas le vendre en SaaS.