Le grand retournement de veste algorithmique
La bande à Bluesky, après avoir passé deux ans à nous seriner que leur protocole décentralisé allait nous libérer des algorithmes opaques, vient de lancer Attie. Leur dernière trouvaille ? Une IA qui… crée des algorithmes personnalisés. On croirait entendre un dealer qui, après avoir vendu de l’héroïne, ouvre un centre de désintoxication avec des seringues en option premium.
L’ex-PDG Jay Graber et le CTO Paul Frazee ont présenté cette merveille à la conférence Atmosphere. Leur pitch ? Vous pourrez désormais demander à Claude, le modèle d’Anthropic, de vous concocter un fil « sur le folklore celtique et la musique traditionnelle ». Formidable. On avait oublié que taper ces mots dans une barre de recherche était un défi technologique insurmontable avant 2024.
La feuille de route : enfermer d’abord, libérer (peut-être) après
La stratégie est d’une transparence cristalline : pour l’instant, Attie est une appli standalone. Vos précieux algorithmes sur mesure resteront confinés dans ce bac à sable. Plus tard, « peut-être », ils pourront migrer vers Bluesky et d’autres apps atproto. Traduction : on crée un jardin clos, on y attire les power users, et on verra ensuite comment monétiser ce trafic et cette data. Le protocole ouvert, mais les fonctionnalités cool, en silo. Classique.
Le fond de l’affaire est encore plus savoureux. Bluesky, qui a bâti sa réputation sur le rejet du « black box algorithm » de Twitter, externalise maintenant son intelligence à Anthropic, une boîte dont les modèles sont aussi opaques et propriétaires que possible. L’idéologie flexible, ça a du bon.
Qui gagne ? (Indice : pas vos données)
Faisons les comptes. Bluesky empoche le buzz « IA personnelle ». Anthropic place son modèle Claude comme le cerveau indispensable d’une nouvelle couche applicative. Les utilisateurs ? Ils confient leurs préférences les plus fines à un pipeline IA pour obtenir un fil personnalisé… sur un réseau qui promettait de ne pas en avoir besoin. La boucle est bouclée.
La prochaine étape est écrite : une fois assez d’utilisateurs accros à leur « assistant algorithmique », Bluesky pourra soit le monétiser directement, soit s’en servir comme argument pour gratter un nouveau tour de table. Le rêve décentralisé se monnaye, un prompt à la fois.