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Big Tech reprend le playbook de Big Tobacco — et les juges commencent à mordre

Jeffrey Wigand, le lanceur d'alerte qui a fait tomber l'industrie du tabac, observe le même schéma toxique chez Meta et YouTube : conception délibérément addictive, ciblage des enfants, et mépris des preuves internes. Les premiers verdicts tombent, mais la dépendance, elle, est déjà installée.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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L'histoire se répète, mais cette fois, la fumée est numérique. Jeffrey Stephen Wigand, le biochimiste dont le témoignage a saigné l'industrie du tabac dans les années 90, regarde les procès contre Big Tech avec un sentiment de déjà-vu nauséeux. Sa conclusion est sans appel : Meta et YouTube ont simplement photocopié le playbook de Philip Morris, en remplaçant la nicotine par des notifications et les paquets de cigarettes par des fils d'actualités infinis.

Le même poison, un nouvel emballage

La semaine dernière, un jury de Los Angeles a trouvé Meta et YouTube négligents. Pas « désolés », pas « en apprentissage » — négligents. Un terme juridique lourd qui signifie : ils savaient, ou auraient dû savoir. Les avocats des plaignants ont sorti l'artillerie lourde : documents internes, correspondances, le genre de papiers que les entreprises prient pour voir enterrés. Ils montrent une direction qui balayait d'un revers de main les inquiétudes sur les effets de leurs produits, exactement comme les cigarettiers le faisaient avec les études sur le cancer.

Cibler les enfants : une stratégie qui ne date pas d'hier

La première pensée de Wigand en apprenant les litiges ? « Ils essaient de rendre les enfants accros. » Point. Pas de métaphore. Une stratégie marketing calibrée, testée, rodée par des décennies de vente de tabac. Le verdict du Nouveau-Mexique, qui a tenu Meta pour responsable de ne pas avoir empêché l'exploitation sexuelle des enfants, n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le vrai business model, c'est de capturer l'attention juvénile le plus tôt possible, de l'habituer à la dopamine des likes et de la scroller indéfiniment. La santé mentale ? Un dommage collatéral acceptable sur le chemin des trimestres records.

Des verdicts symboliques face à une addiction massive

Ces condamnations sont historiques : c'est la première fois que Meta est tenu légalement responsable de l'impact de ses produits sur les jeunes. Après des années de critiques réduites à des cris de parents « énervés » dans le vide médiatique. Mais ne pavoisez pas trop vite. Comparé aux centaines de milliards de valorisation et aux milliards d'utilisateurs accros, ces verdicts ressemblent à une amende pour stationnement gênant. L'industrie du tabac a finalement plié sous le poids des règlements et des compensations astronomiques. Big Tech, elle, est encore au stade où elle pense pouvoir réguler elle-même son propre poison — et où les régulateurs la croient sur parole.

Wigand a vu le monstre une première fois. Il le reconnaît aujourd'hui, avec son costume neuf et son langage de « connexion » et de « communauté ». Le produit est différent, mais l'objectif est identique : créer une dépendance, la monétiser, et nier farouchement toute conséquence néfaste jusqu'à ce que les tribunaux vous forcent à l'admettre. L'ironie ultime ? Ils vendent de la distraction alors que nous devrions tous, très clairement, regarder ailleurs.

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