Le coup de Silicon Valley est dans le sac
Matt Brittin, ex-président de Google Europe, prend les rênes de la BBC. Les critiques pleurent sur l'absence de pedigree journalistique. Ils ratent l'essentiel. Ce n'est pas un journaliste qu'ils ont nommé, c'est un négociateur en chef. Sa mission ? Trouver un modus vivendi avec les géants qui ont déjà dévoré l'attention du public et cannibalisé les revenus publicitaires. La BBC capitule en nommant l'ambassadeur de l'ennemi.
L'IA, ce nouveau censeur « objectif »
L'article original s'inquiète que l'IA interprète le journalisme sans égard pour la vérité. Trop tard. Elle le fait déjà. Les résumés automatiques de Google, les découvertes de Facebook, les recommandations de YouTube : chaque jour, des algorithmes opaques décident de ce que des millions de gens « comprennent » d'une info. La BBC veut « s'assurer que son reportage est compris dans ses propres termes ». Un vœu pieux face à la machine à décontextualiser.
Les scandales en fond sonore, la disruption en première page
On parle du licenciement de Scott Mills pour « conduite personnelle », des accusations pénales antérieures. Classique. Le vrai scandale, lui, est structurel. Pendant qu'on s'émeut d'un présentateur, on installe à la direction générale un homme dont l'ancienne entreprise a plus de pouvoir sur l'information britannique que n'importe quel rédacteur en chef. Le rôle du DG n'est plus de gérer une crise éditoriale, mais de parer à l'obsolescence programmée par la tech.
Qui décide de ce que « news » veut dire ? Google, évidemment.
La question rhétorique du Guardian trouve sa réponse dans la nomination même de Brittin. Celui qui décide, c'est celui qui contrôle l'accès, la distribution et la monétisation. La BBC, en position de faiblesse chronique, espère qu'un initié lui obtiendra une place à la table. Elle ne voit pas qu'elle est déjà au menu. Construire une « capacité » à se faire comprendre ? Il faudrait d'abord avoir la capacité de résister à l'hégémonie des plateformes qui formatent la compréhension elle-même.
L'ère où le service public définissait l'info est révolue. Bienvenue dans l'ère où il doit la négocier avec ses fossoyeurs. Brittin n'est pas un choix surprenant. C'est un choix de réalpolitik désespéré. La BBC a choisi de parler la langue du vainqueur. On attend de voir ce qu'il lui restera à dire.