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AWS : taisez-vous, c'est pour la sécurité nationale

Matt Garman, patron d'AWS, signe 3000 mots pour expliquer aux riverains qu'ils n'ont pas le droit de refuser un data center — au nom de la sécurité nationale. Le problème : les chiffres d'électricité, d'eau et d'abattements fiscaux, il ne les a pas mis dans le blog. On s'en occupe.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Matt Garman a pris sa plume. Trois mille mots. Pas pour annoncer une puce, un modèle ou une quelconque innovation — ça, ça se vend tout seul. Non : trois mille mots pour expliquer à des riverains, des élus locaux et des contribuables qu'ils n'ont pas le droit de dire non. Le patron d'AWS, qui a succédé à Adam Selkisky en juin 2024, vient d'accoucher d'un texte réclamant le soutien populaire aux data centers, sous peine de « dommages irréparables » pour l'économie et la sécurité nationale des États-Unis. Traduction : fermez-la, c'est pour l'Amérique.

3000 mots pour dire « la ferme »

Le passage le plus savoureux ? Garman s'inquiète des « mésinformations et des mensonges purs et simples » qui circuleraient sur les data centers. Dans un blog d'entreprise. Publié par une filiale d'Amazon. La boîte qui a payé zéro dollar d'impôt fédéral sur le revenu en 2018 (merci ITEP) et qui vient donner des leçons de vérité aux habitants de Virginie, du Michigan ou de l'Ohio. Il y a un mot pour ça : culot. Il y en a un autre, plus court.

Les questions « importantes » que Garman concède du bout des lèvres — emploi, électricité, eau, environnement — ne sont pas des rumeurs de forum. Ce sont des délibérations de conseils municipaux, des rapports d'opérateurs de réseau, des factures. Les balayer d'un revers de main en invoquant Twitter, c'est insulter les gens dont le puits baisse et dont la facture monte.

Le chantage devient une politique énergétique

« Our nation can't afford to lose. » Garman brandit la course à l'IA comme un argument massue. Sauf que la course à l'IA, personne ne l'a demandée dans le comté de Saline, dans le Wisconsin ou en Géorgie. Ce que les gens voient, c'est le transformateur qui chauffe, le puits qui se vide et le foncier qui part en abattement fiscal.

Le chiffre que le blog ne met pas en avant : selon le rapport du Lawrence Berkeley National Laboratory publié fin 2024, les data centers représentaient 4,4 % de l'électricité américaine en 2023 et pourraient en consommer entre 6,7 % et 12 % en 2028. Dans la zone PJM — treize États, du New Jersey à l'Illinois — l'enchère de capacité 2025/2026 a clôturé à 269,92 $/MW-jour, en hausse d'environ 800 % sur un an. Qui paie ? Pas Amazon. Le client résidentiel.

Qui se goinfre, qui trinque

Rappelons la géographie de l'argent. AWS, c'est 107,6 milliards de dollars de revenus en 2024 et 39,8 milliards de résultat opérationnel — soit à peu près 58 % du résultat opérationnel total d'Amazon pour environ 16 % du chiffre d'affaires. Le data center n'est pas un service public qu'Amazon rend à la nation. C'est la vache la plus grasse du groupe, et elle réclame des subventions locales pour engraisser encore.

Amazon a signé pour 650 millions de dollars le campus data center adossé à la centrale nucléaire de Susquehanna, en Pennsylvanie, en mars 2024. Elle sécurise le nucléaire à prix d'ami. Le particulier, lui, subventionne le réseau de transport qui l'alimentera. Deux poids, deux mesures, deux tarifs.

« Sécurité nationale » : le passe-partout magique

Invoquer la sécurité nationale pour faire taire une opposition locale, c'est la ficelle la plus vieille du manuel. Ça a marché avec le pétrole, avec la 5G, avec la défense. Ça a un avantage imbattable : ça rend l'interlocuteur suspect. Vous vous opposez à un projet d'IA ? Vous affaiblissez la patrie. Circulez.

Sauf que la sécurité nationale ne se nourrit pas de béton mal placé, elle se nourrit d'électricité, d'eau réfrigérée et de réseaux stables. Bloquer un projet dans un comté où le réseau sature n'est pas de la trahison. C'est de l'ingénierie. C'est même exactement ce que ferait un dirigeant compétent.

Ce que Garman ne met pas dans son blog

Trois mille mots. Pas un paragraphe sur la consommation d'eau des tours de refroidissement. Pas une ligne sur les abattements fiscaux cumulés réclamés aux comtés. Pas un mot sur le fait que ces mêmes comtés devront payer l'extension des lignes et les centrales d'appoint pendant que la facture AWS restera, elle, négociée au rabais. Le patron parle d'« informations erronées ». Les siennes sont simplement absentes.

Alors un conseil, Monsieur Garman : si votre projet est si bon pour l'Amérique, arrêtez d'écrire trois mille mots et présentez-le aux assemblées locales sans subvention, sans exemption et sans chantage. Vous verrez si la nation vous dit merci. Je parie mon abonnement qu'elle vous dit autre chose.

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