Le gouvernement albanais (oui, Albanese, pas une faute de frappe) vient de dévoiler un plan national pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les décisions automatisées des administrations. Traduction : ils vont coller un joli sticker « safety first » sur leurs algorithmes, histoire de faire genre. On attend les détails croustillants — enfin, ceux qui ne seront pas noyés dans du jargon technocratique.
Des règles pour quoi faire exactement ?
Selon le communiqué officiel, le nouveau cadre vise à garantir « équité, précision et transparence » des systèmes d’IA utilisés par les agences fédérales. Tiens, comme si on n’avait pas eu assez de scandales avec le robodebt (ce fameux système automatisé de recouvrement de dettes qui a ruiné des milliers de citoyens). Rappelons que plus de 470 000 personnes ont été victimes d’erreurs de cet algorithme entre 2015 et 2019, pour un coût total estimé à 1,2 milliard de dollars — remboursés, mais après des années de galère. Mais oui, on peut leur faire confiance cette fois.
Le plan inclut aussi une « obligation de diligence numérique » (digital duty of care) poussée par le parti travailliste. Concept flou qui sonne bien, mais qui risque de se noyer dans les consultations et les groupes de travail. Pendant ce temps, les big tech et les constructeurs de data centers continuent de se goinfrer de subventions et de terrains à prix cassé pour alimenter ces mêmes IA.
Qui va vraiment surveiller le surveillant ?
Les ministres promettent que la sécurité sera « intégrée dès la conception » des processus d’IA. Magnifique. On a entendu la même rengaine avec le RGPD européen, et pourtant les fuites de données et les biais algorithmiques continuent de fleurir. En Australie, le régulateur de la vie privée (OAIC) a un budget ridicule comparé aux géants du numérique — 30 millions de dollars annuels, soit moins que ce que Google dépense en snacks pour ses employés pendant un trimestre.
Et que dire de la « transparence » promise ? Les algorithmes gouvernementaux sont souvent protégés par le secret commercial ou la sécurité nationale. Alors oui, on aura peut-être droit à des rapports d’impact en langage codé, mais certainement pas au code source ou aux logs de décision. Une transparence à géométrie variable, comme d’habitude.
Consommateurs, travailleurs, patients : les dindons de la farce
Le plan prétend aussi couvrir la protection des consommateurs, la sécurité au travail et la vie privée. Sauf que les mesures concrètes sont renvoyées à des « consultations » et des « révisions législatives » qui prendront des années. En attendant, les entreprises peuvent continuer à utiliser l’IA pour licencier des gens via des algorithmes opaques (comme Amazon l’a fait), ou pour refuser des prêts sur la base de données biaisées. Les Australiens, eux, continueront à subir des décisions automatisées sans recours efficace.
Le gouvernement se vante d’être « à l’avant-garde » de la régulation de l’IA. C’est oublier que le Canada, l’UE et même le Royaume-Uni ont déjà des projets plus avancés. L’Australie arrive en retard avec un plan qui ressemble surtout à une opération de com’ pour rassurer un public inquiet, sans mordre vraiment sur les privilèges des grands acteurs technologiques.
Le vrai problème : qui contrôle les data centers ?
Pendant que les ministres parlent de règles, le boom de la construction de data centers en Australie continue — plus de 50 projets en cours, souvent dans des zones résidentielles sans véritable étude d’impact environnemental. Ces usines à énergie (un data center consomme autant d’électricité qu’une petite ville) sont pourtant le cœur physique de l’IA. Mais qui se soucie de leur régulation ? Personne. Tout le monde est trop occupé à caresser dans le sens du poil les hyperscalers comme AWS, Microsoft et Google, qui bénéficient d’exemptions fiscales juteuses.
Bref, le nouveau plan australien sur l’IA gouvernementale, c’est un peu comme mettre un pansement sur une jambe de bois : ça fait joli, mais ça n’empêchera pas l’amputation. En attendant, les citoyens peuvent toujours espérer que l’algorithme qui décide de leur allocation chômage ne leur réclamera pas 10 000 dollars par erreur. Mais on ne parierait pas là-dessus.