Ah, Chris Urmson refait son numéro. Le gourou d’Aurora, celui qui nous promet des camions sans chauffeur depuis que les dinosaures arpentaient la Silicon Valley, annonce aujourd’hui que le saint Graal est enfin scalable. Dans un épisode du podcast Equity de TechCrunch, il nous sert l’éternel refrain : « On a commencé les opérations sans conducteur en avril dernier, et on passe de quelques camions à des centaines cette année. » Sérieusement, Chris ? On avait déjà entendu la même rengaine en 2015, 2017, 2020 et 2022. À chaque fois, les crash tests se font sur le compte en banque des investisseurs et, au bout du compte, sur le dos des contribuables quand les subventions pleuvent.
Chris Urmson, le Prophète de l’Autonome
L’homme a un charisme certain. Ancien de Google, pionnier des DARPA Challenges, il vend du rêve comme d’autres vendent des tapis. Mais sous le costume de CEO, il y a surtout un talent pour transformer des promesses en carburant pour levées de fonds. Aurora a englouti plus de 2 milliards de dollars depuis sa création, et pour l’instant, on parle de quelques camions qui roulent entre Dallas et Houston. Pas de quoi pavoiser. Pendant ce temps, ses concurrents – Waymo, TuSimple, Embark – ont soit changé de braquet, soit sombré. Mais Urmson, lui, continue à scander « scale, scale, scale » comme un mantra. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession, si seulement il n’avait pas déjà brûlé des milliards en promesses vides.
Le grand réchauffé : des chiffres qui sentent le réchauffé
« On passe d’une poignée de camions à des centaines », dit-il. Très bien. Mais combien de ces camions ont déjà fini dans le décor ? Combien de « safety drivers » sont encore planqués dans la cabine pour parer à toute éventualité ? Aurora ne le dit pas. Et surtout, combien de temps faudra-t-il pour que ces centaines deviennent des milliers ? On parie que dans un an, on entendra le même discours, avec un chiffre à peine plus gros. La seule chose qui scale vraiment chez Aurora, c’est le budget marketing. Pendant que les startups de la food delivery crèvent, Urmson continue de faire saliver les VC avec des courbes exponentielle imaginaires.
Qui se goinfre ? Les subventions, les sponsors, et les actionnaires
Ne nous y trompons pas : derrière cette annonce, il y a une mécanique bien huilée. Aurora a décroché des contrats avec FedEx, Uber Freight, et même le constructeur Paccar. Mais ces partenariats sont avant tout des opérations de communication. Les vrais revenus ? Infimes. Les pertes ? Colossales. Pendant que les camions autonomes peinent à livrer un colis sans supervision, les dirigeants encaissent des bonus à sept chiffres. Et les régulateurs, eux, regardent ailleurs, trop contents de laisser la Silicon Valley faire ses expériences sur nos routes. Les contribuables financent les infrastructures (bornes de recharge, voies dédiées ?), les universités produisent la main-d’œuvre qualifiée, et Aurora empoche les crédits d’impôt. Un joli petit manège.
Conclusion : attendez-vous à du vent (et à des boulettes)
Alors oui, Chris Urmson a raison sur un point : les camions autonomes pourraient un jour être scalables. Mais ce jour n’est pas demain, ni après-demain. Et en attendant, on nous sert la même soupe réchauffée depuis une décennie. La prochaine fois qu’Aurora annoncera un « scale », rappelez-vous que les poules n’ont toujours pas de dents. Quant aux investisseurs qui gobent encore ces promesses, qu’ils se rassurent : le camion autonome arrive. Dans un monde parallèle, avec dix ans de retard et probablement beaucoup de morts sur la conscience.