Beverly Hills, mardi matin, le rooftop d'un hôtel clinquant. Christophe Fouquet, nouveau roi d'ASML depuis 2024, sirote son café en costume bleu, l'air de celui qui détient la seule clé du temple de la microélectronique. Devant un éditeur complaisant, il balance : « No one is coming for us ». Personne ne viendra nous chercher. Traduction : on est tellement les maîtres du jeu qu'on peut se torcher avec les lois de la concurrence. Susanoo News a décidé de vérifier si cette branlette narcissique tient la route – ou si le trône d'ASML vacille plus que prévu.
Un monopole taillé sur mesure… mais combien de temps ?
ASML, c'est la seule boîte au monde capable de fabriquer les machines à lithographie EUV (extreme ultraviolet) indispensables pour graver les puces les plus fines (7 nm et moins). Ça lui donne un boulevard : en 2023, ASML a dégagé 27,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec des marges nettes avoisinant les 30 % – de quoi faire baver n'importe quel laboratoire pharmaceutique. Fouquet peut pavoiser : ses clients (TSMC, Samsung, Intel) n'ont pas le choix. Mais ce monopole est un château de cartes. Pourquoi ? Parce que la technologie EUV repose sur une chaîne d'approvisionnement hyper-concentrée – notamment les optiques de Zeiss, les lasers de Cymer (propriété d'ASML depuis 2013), et les chambres à vide. La moindre rupture – une guerre commerciale, un embargo, un tremblement de terre à Veldhoven – et tout l'édifice tremble. L'arrogance de Fouquet occulte élégamment le fait qu'ASML est dépendant à 100 % de fournisseurs critiques et que le moindre caprice géopolitique peut lui coller une balle dans le pied.
« No one is coming for us » ? Les concurrents n'ont même pas besoin de venir
L'affirmation du CEO est une insulte à l'histoire de la tech. Canon et Nikon, les deux autres fabricants de machines lithographiques, ont abandonné la course à l'EUV depuis des années – faute de moyens financiers et technologiques. Mais est-ce que cela signifie qu'ASML est intouchable ? Sûrement pas. La vraie menace ne vient pas d'un concurrent direct, mais d'un changement de paradigme. Les chiplets, l'approche 3D, les circuits photoniques, l'impression par nano-impression (Canon a repris cette piste) – tout ça peut réduire la dépendance à la finesse de gravure monolithique. ASML mise tout sur la miniaturisation extrême, mais le marché pourrait bifurquer vers des architectures plus efficaces sans passer par des machines à 400 millions d'euros pièce. Et là, Fouquet se retrouverait avec un parc de machines surdimensionnées et des clients qui lui rient au nez.
L'angle mort réglementaire : l'Europe dort au volant
Pendant que Fouquet prend son petit-déjeuner à Beverly Hills, les autorités de concurrence européennes regardent ailleurs. Pourtant, le monopole d'ASML est un cas d'école de domination abusive potentielle : prix prohibitifs, exclusivités contractuelles (les clients signent des accords de maintenance longue durée verrouillant l'accès aux pièces détachées), et une position qui frôle le trust à l'ancienne. Aux États-Unis, la FTC aurait déjà sorti les griffes. En Europe, on préfère laisser la tech se goinfrer. Le résultat : ASML peut imposer ses conditions, y compris des clauses qui empêchent ses clients de développer des technologies alternatives. Qui en parle ? Personne. Le modèle de Fouquet, c'est celui de Microsoft dans les années 1990 : « Je suis le standard, tu fais ce que je dis ». La bulle a explosé, rappelez-vous.
Le game changer qui pourrait virer au cauchemar : l'ingénierie chinoise
Bien sûr, les restrictions d'exportation américaines et néerlandaises empêchent ASML de vendre ses machines les plus avancées à la Chine. Mais la Chine, elle, ne reste pas les bras croisés. SMEE (Shanghai Micro Electronics Equipment) a déjà produit un prototype de lithographie 28 nm – loin de l'EUV, mais suffisant pour une partie de l'industrie. Et avec les investissements massifs de Pékin dans la R&D locale, le jour où une alternative chinoise émergera – même moins performante – les clients d'ASML auront une porte de sortie. Fouquet fait l'autruche. Il oublie que la montée en compétence chinoise est exponentielle, et que le protectionnisme occidental n'a jamais empêché une innovation déterminée.
Verdict : l'arrogance paie… jusqu'au jour où elle ne paie plus
ASML est aujourd'hui le roi nu de la lithographie. Christophe Fouquet peut sourire devant une tasse de café californien, mais il sait – ou devrait savoir – que les empires ne s'effondrent pas parce que des concurrents arrivent, mais parce que leurs fondations pourrissent de l'intérieur. Son monopole est une forteresse, mais les murs sont fissurés par la complaisance, la dépendance et l'aveuglement géopolitique. Alors, « no one is coming for us » ? Laissez-moi rire. C'est exactement ce que disaient Kodak, Nokia et Blockbuster avant de se faire bouffer par des technologies qu'ils avaient eux-mêmes inventées. L'histoire a le sens de l'humour, et elle n'épargne pas les monarques de la microélectronique.