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Anthropic : sept fondateurs, 50,1 % des voix, zéro gêne

Sept cofondateurs, 50,1 % des droits de vote sur la plupart des décisions : voilà ce qu'Anthropic demande à ses actionnaires d'approuver avant son IPO. Le labo qui donne des leçons de gouvernance responsable à toute la tech organise tranquillement la sienne — pour lui. Les actionnaires diront oui. Vous, vous paierez quand même.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Anthropic veut entrer en Bourse. Pas pour partager le pouvoir, non : pour le verrouiller. La société demande à ses actionnaires d'approuver une structure qui offrirait à ses sept cofondateurs un total de 50,1 % des droits de vote sur la plupart des décisions de l'entreprise. Sept personnes. Quatre-vingt-dix pour cent du capital, peut-être, mais la majorité de la parole. Bienvenue dans la start-up qui vous explique depuis 2021 que l'IA doit être gouvernée avec prudence, humilité et garde-fous.

La gouvernance, c'est pour les autres

Il faut savourer l'ironie. Anthropic s'est construit une réputation de conscience morale de la Silicon Valley : le « responsible scaling », les policy papers, les tribunes signées sur les risques existentiels, le ton grave de Dario Amodei devant les caméras. Toute cette édification morale avait un objet : dire aux autres comment se comporter. Mais quand il s'agit de son propre cap table, l'humilité disparaît et le contrôle réapparaît, à 50,1 %.

Les actionnaires, eux, voteront. Ils voteront probablement oui. Parce qu'un fonds qui refuse de valider la structure risque de ne pas être convié au tour suivant, ni à l'introduction en Bourse. C'est ça, le consentement librement donné dans la Valley : un formulaire de signature et une porte de sortie qui mène directement au cimetière des portefeuilles.

Zuckerberg l'a fait avant vous, et ce n'est pas un compliment

Le tour de passe-passe n'est pas nouveau. Meta a ses actions de classe B à dix voix pièce. Alphabet a bricolé le même mécanisme. Snap a carrément vendu des actions sans aucun droit de vote à son IPO — les marchés ont dit amen, comme d'habitude. Sauf qu'à l'époque, on nous vendait du génie visionnaire. Anthropic, elle, nous vend de la sécurité. Et une structure qui concentre le vote entre les mains d'un noyau fondateur, c'est exactement l'inverse d'un mécanisme de surveillance : c'est son contournement légal.

Rappelons ce qui existe déjà. Le Long-Term Benefit Trust, créé en 2023, est censé nommer une part croissante du conseil d'administration — la caution morale du projet. Une question, donc, qu'il faut poser cash : ce trust reste-t-il autre chose qu'un alibi décoratif une fois que 50,1 % des voix sont sanctuarisées ailleurs ? Si un trustee gênait, qui le dégage ?

Suivez l'argent : il mène au même endroit

Anthropic, c'est un laboratoire financé à hauteur de plusieurs milliards par Amazon et Google — deux acteurs qui savent parfaitement ce que signifie « défendre ses intérêts » devant un régulateur. Ces mêmes géants vont être invités à bénir une structure qui les prive, sur le papier, de leur poids réel. On parie qu'ils signeront. Un rendement à dix chiffres, ça soigne vite les convictions sur la gouvernance.

Et pendant ce temps, l'entreprise prépare une introduction en Bourse. Autrement dit : on s'apprête à demander à des investisseurs particuliers, à des fonds de pension, à des épargnants d'acheter des titres dont les vendeurs ont soigneusement organisé qu'ils ne pèseront jamais sur rien. Vous paierez le prix, vous n'aurez pas la voix. C'est le principe même du ticket de loterie.

Le précédent OpenAI, ou l'histoire qui bégaie

On a déjà vu ce film. OpenAI, fondée sur un idéal non lucratif, a fini en novembre 2023 par un conseil d'administration qui vire son PDG en un week-end, puis par une restructuration arrimée à une fondation censée verrouiller le contrôle « pour le bien de l'humanité ». La leçon n'est pas que ces gens sont cyniques. La leçon est qu'aucune structure « morale » ne survit au premier problème de pouvoir : les labos d'IA finissent tous par réinventer la holding familiale.

Et les régulateurs, ils regardent ?

La SEC fait la leçon au moindre SPAC, mais laisse passer depuis quinze ans l'érosion méthodique du droit de vote des actionnaires, à coups de classes d'actions magiques et de pactes d'actionnaires. Qu'on ne vienne pas nous parler de risque systémique appliqué à l'IA en fermant les yeux sur celui-ci : un conseil irrévocable, insensible aux marchés comme aux salariés, qui pilote une technologie dotée d'un impact mondial, voilà un vrai sujet de régulation.

Anthropic, décision simple : soit vous croyez ce que vous publiez sur la sécurité, et vous acceptez la contrepartie — un pouvoir partagé, contestable, dissoluble. Soit vous ne le croyez pas, et vous prenez vos 50,1 % en assumant le titre qui va avec. Dans les deux cas, cessez de nous donner des leçons. Vous êtes une entreprise. Assumez le costume, enlevez la toge.

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