Alors que le monde tech s'extasie devant les derniers tours de passe-passe des LLMs, Susanoo News pose la question qui fâche : qui va nettoyer le bordel quand ces machines auront fini de nous vendre du rêve ?
Anthropic : enfin un semblant de transparence, ou une distraction bien orchestrée ?
Anthropic, la start-up cofondée par d'anciens d'OpenAI (parce que oui, le drame familial de l'IA est un soap opera sans fin), vient de dévoiler ce qu'elle appelle « l'espace caché où Claude réfléchit ». Traduction : ils ont trouvé un mécanisme interne qui fait comme si leur modèle avait une conscience. Sauf que, spoiler, ce n'est pas le cas.
En vrai, ils ont cartographié des activations neuronales qui ressemblent à des concepts. Belle prouesse technique, certes. Mais rappelons que le 14 mai 2024, Anthropic levait 2,85 milliards de dollars – de quoi s'offrir une centaine de papiers de recherche, et surtout un joli coup de com' pour masquer le fait que Claude reste un perroquet stochastique ultra-sophistiqué.
Le problème ? Ce genre d'annonce nourrit le mythe de l'IA consciente, ce qui permet aux géants de la tech de détourner l'attention des vrais problèmes : biais systémiques, coût énergétique scandaleux, et utilisation des données des utilisateurs sans consentement éclairé. Mais chut, ne gâchons pas la fête.
OpenAI et le « super app » : le fantasme du couteau suisse numérique
De l'autre côté du ring, OpenAI (parce qu'il faut bien un méchant récurrent) nous vend son « super app » – une plateforme qui ferait tout, du chat à la génération d'images en passant par l'analyse de données. Bref, le rêve humide de tout marketeur : verrouiller l'utilisateur dans un écosystème propriétaire.
Rappel des faits : OpenAI a déjà écopé d'une amende de 15 millions de dollars de la part de la FTC pour collecte abusive de données – et ce n'était qu'en mars 2024. Mais qu'importe, le super app arrive pile au moment où le régulateur européen, avec l'AI Act, tente de poser des garde-fous. Coïncidence ? Non, manœuvre.
Chaque fonctionnalité ajoutée à ce genre d'application est une nouvelle porte dérobée pour l'extraction de données. Le modèle économique est clair : vous êtes le produit, et le super app est le piège à miel. Mais continuez à lui confier vos emails, vos photos, vos conversations privées – après tout, quoi de plus rassurant qu'une boîte noire dopée aux capitaux de Microsoft ?
Qui se goinfre, qui se fait rouler
Pendant que les investisseurs salivent (la valorisation d'OpenAI a bondi de 80 milliards à 300 milliards de dollars en un an), les utilisateurs paient l'addition : en données, en temps de cerveau disponible, et en dépendance technologique. Les régulateurs, eux, jouent les Ponce Pilate – l'AI Act européen ne sera effectif qu'en 2026, soit deux ans de rab pour que les géants empochent les gains et externalisent les coûts.
Et pendant ce temps, les chercheurs indépendants (ceux qui ne sont pas financés par les GAFAM) tirent la sonnette d'alarme sur les risques de désinformation, de manipulation électorale et d'effondrement du marché de l'emploi. Mais qui les écoute ? Pas les actionnaires, qui applaudissent chaque nouvelle levée de fonds.
Le mot de la fin : ne gobez pas tout cru
Anthropic et OpenAI sont les deux faces d'une même pièce : celle d'une industrie qui vend de l'incertitude comme si c'était de la certitude. Leurs avancées sont réelles, mais leur discours est un monument de contorsions marketing. La prochaine fois qu'on vous parle d'IA consciente ou de super app, demandez-vous : qui y gagne ? Et surtout, qui y perd ? Indice : pas les actionnaires.