Ah, Anthropic. La startup qui veut sauver l'humanité de l'IA maléfique, mais qui ne peut pas sauver son propre marché secondaire de la spéculation. Dans une mise en garde digne d'un père de famille autoritaire, l'entreprise a publié une page d'assistance stipulant que toute vente ou transfert d'actions via des plateformes secondaires est nulle et non avenue. Comprendre : vous avez acheté des parts ? Tant mieux pour vous, mais ne comptez pas les revendre à un autre pigeon avant que nous ayons donné notre bénédiction pontificale.
L'hypocrisie en lettres capitales
La page d'Anthropic, repérée par les limiers de TechCrunch (merci pour la copie, les gars), précise froidement : “Toute vente ou transfert d'actions d'Anthropic, ou tout intérêt dans ces actions, proposé par ces firmes est nul et ne sera pas reconnu dans nos livres et registres.” Traduction : si vous avez acheté des actions via Forge Global, EquityZen ou autres plateformes de gré à gré, vous avez probablement entre les mains un bout de code HTML qui ne vaut pas plus qu'un NFT de chat numérique. Anthropic joue les vierges effarouchées, mais rappelons qu'ils ont levé 7,3 milliards de dollars en 2024 selon les dernières estimations. Pourquoi tant de haine envers la liquidité ? Parce que la startup veut contrôler qui entre dans son cercle d'investisseurs, et surtout à quel prix. Un marché secondaire non régulé ferait s'effondrer la fiction d'une valorisation à 18 milliards de dollars.
Le vrai problème : une valorisation en château de cartes
Chaque fois qu'une startup interdit la revente d'actions, posez-vous une question simple : que cache-t-elle ? Dans le cas d'Anthropic, la réponse est évidente : une valorisation qui tient plus du vœu pieux que de la réalité économique. Les plateformes secondaires auraient permis aux premiers employés de sortir, oui, mais aussi de fixer un prix de marché. Et si ce prix s'avère inférieur à la valorisation interne, adieu la hype. Anthropic préfère donc menacer les investisseurs de nullité plutôt que de laisser le marché parler. C'est la même stratégie que OpenAI ou SpaceX : un contrôle paternaliste des actions pour éviter que la spéculation ne vienne saper leur récit. Le problème, c'est que cela confine à la manipulation. Car pendant ce temps, les fondateurs et les gros fonds (comme Menlo Ventures ou Khosla) continuent d'acheter des blocs entiers à des prix préférentiels.
Qui se goinfre et qui se fait rouler ?
L'annonce d'Anthropic est adressée aux “investisseurs individuels”, ces mêmes pigeons qui rêvent de toucher un jour le jackpot en revendant leurs parts. Pendant ce temps, les institutions financières ont déjà leur ticket d'entrée. La startup se présente comme le chevalier blanc de la sécurité de l'IA, mais elle se comporte comme un baron féodal verrouillant son fief. Interpeller directement Anthropic, chers amis de Dario Amodei : pourquoi cette peur du marché secondaire ? Peur que vos derniers investisseurs découvrent que vos revenus ne justifient pas une telle valorisation ? Peur que vos concurrents (coucou Google DeepMind) rachètent des actions pour se renseigner sur votre structure de capital ?
La réponse est dans la question. Anthropic préfère un silence de plomb plutôt que de voir la vérité éclater. Alors aux acheteurs : lisez bien vos contrats. Et si vous avez acheté des actions via une plateforme secondaire, priez pour qu'Anthropic ne décide pas de faire appliquer sa menace. Parce qu'au jeu du notre startup est plus précieuse que votre argent liquide, il n'y a qu'un seul gagnant : la startup elle-même.