Anthropic, la start-up qui vendait jusqu'ici de la vertu éthique et des modèles « safe », vient de découvrir une mine d'or encore plus juteuse que les chatbots philosophiques : les cabinets d'avocats. Révélation de l'année ? Non, simple routine. Le marché de l'IA juridique pèse déjà 1,2 milliard de dollars en 2024, et chaque licorne tech veut sa part du gâteau. Anthropic n'invente rien, elle arrive en retard, mais avec la communication bien huilée.
Les promesses de l'IA juridique : le même baratin qu'en 2016
Anthropic annonce des outils pour « automatiser les tâches cléricales spécifiques » : recherche documentaire, revue de cas, rédaction de contrats, préparation de dépositions. Traduction : remplacer les collaborateurs juniors qui transpirent sur la paperasse. Rien de neuf sous le robinet à clauses. Harvey, Casetext, LawGeex, etc., le font déjà depuis des années. Mais Anthropic mise sur sa marque pour rassurer les associés vieillissants : pas de panique, votre robe noire ne sera pas remplacée, seulement vos stagiaires.
Derrière le vernis technologique, la même vieille rengaine
L'IA générative est parfaite pour générer du texte juridique générique. Problème : le droit est un métier de nuances, d'interprétation et de contexte. Un juge ne se satisfait pas d'une clause « plausible » générée par un transformer. Et quand l'IA hallucine un précédent ? Les avocats d'Anthropic vous diront qu'il faut « superviser ». Donc au final, on a remplacé un humain qui vérifie par un humain qui vérifie le robot qui remplace l'humain. Bravo l'innovation.
Les cabinets, en pleine crise de rentabilité, sautent sur l'occasion. Leur calcul est simple : réduire les heures facturables des juniors pour les remplacer par des abonnements à l'IA. Et ce sont les clients qui paient la même note, sinon plus, pour un service automatisé. Le rapport McKinsey de 2023 estimait que 23% du temps des avocats peut être automatisé. Mais combien de ces gains seront répercutés sur les honoraires ? Zéro, comme d'habitude.
Qui profite vraiment ? Les cabinets, pas la justice
Anthropic vend du « temps libéré » pour que les avocats se concentrent sur « la stratégie ». Traduction : plus d'heures facturables pour les associés, et des stagiaires au chômage. Le taux d'heures facturables annuel moyen par avocat associé aux Etats-Unis est de 1 900 heures. Si l'IA en éponge 400, ils pourront en facturer 2 300. Une aubaine. Et les clients ? Ils paieront toujours 800 dollars de l'heure pour qu'un robot compile des documents, mais le partenaire humain, lui, pianote sur PowerPoint en réunion.
Anthropic, au passage, ne dit pas un mot sur les biais algorithmiques dans le judiciaire. L'IA qui recommande des peines, l'IA qui trie des preuves, l'IA qui résume des témoignages : autant de portes ouvertes à des biais racistes ou sexistes déjà documentés. En 2023, l'ALJ (American Law Journal) rapportait que les outils de justice prédictive sous-estiment systématiquement les risques de récidive pour les minorités. Mais Anthropic préfère parler de « productivité ».
Alors oui, Anthropic se lance dans le droit. Avec sa flopée d'outils brillants, elle promet de libérer les juristes de la paperasse. En réalité, elle ne fait qu'ajouter une couche de bullshit tech à un système qui fonctionnait très bien avec des humains sous-payés. La prochaine étape ? Une IA qui rédige les factures ? Sans doute déjà dans les cartons.