Cher journal, c'est officiel : la Silicon Valley a trouve le moyen de faire porter un casque de réalité augmentée à vos enfants pour qu'ils deviennent des téléopérateurs de drones. Anduril, le petit frère adoré de l'armée américaine, s'associe à Meta, le roi de la pub ciblée, pour vous offrir le combat augmenté. Le pitch ? Un casque AR qui suit vos yeux et écoute votre voix. Vous regardez une cible, vous dites « feu », et un drone (fabriqué par Anduril, bien sûr) transforme un village en cendres. Ça s'appelle Fourth Industrial Revolution, paraît-il.
Le soldat devient interface : fini le libre arbitre
Quay Barnett, ancien des forces spéciales et vice-président chez Anduril, explique avec un sérieux imperturbable que le système permet de « commander des frappes de drone par suivi oculaire et commande vocale ». Traduction : vous n'avez même plus besoin de lever le petit doigt. Le soldat n'est plus un guerrier, c'est une API humaine qui valide des décisions de mort en un clin d'œil. Littéralement. On imagine déjà la formation : « Regard fixe pendant 3 secondes pour confirmer la cible, ne clignez pas, soldat. »
Qui se goinfre ? Les actionnaires, pas les troupes
Anduril a levé 2,8 milliards de dollars en 2024. Meta a brûlé 46 milliards dans sa division Reality Labs depuis 2020. Ensemble, ils vont vous vendre des lunettes à 10 000 dollars l'unité (estimation basse) qui marcheront peut-être en conditions réelles. Mais le vrai gain est ailleurs : chaque frappe « validée » par le casque est une donnée qui remonte aux serveurs de Meta. « Amélioration de l'IA militaire », disent-ils. « Monétisation des champs de bataille », devrions-nous lire. Les brevets déposés par Anduril mentionnent explicitement la collecte de biomarqueurs de stress et d'attention. Vous êtes un soldat ? Vous êtes un produit.
Eye-tracking : quand la technologie remplace la conscience
Le communiqué de presse (car il y en a un, évidemment) vante la réduction des « frictions cognitives ». Traduisez : on veut que le soldat ne réfléchisse plus. Il regarde, il ordonne, il tue. Plus de débat moral, plus d'hésitation. Le système promet une latence de 15 millisecondes entre le regard et la frappe. Assez rapide pour que vous ne réalisiez pas ce que vous venez de faire avant que le premier obus ne soit déjà en l'air. Et si l'IA se trompe ? « Nous avons des protocoles de vérification », répond Barnett. Les mêmes protocoles qui ont permis à l'armée américaine de bombarder des hôpitaux en Afghanistan. Oui, rassurant.
La grande illusion : le soldat augmenté, le citoyen diminué
Ne vous y trompez pas : ce casque n'est qu'un cheval de Troie. Les technologies développées ici — suivi oculaire, commande vocale, fusion de capteurs — atterriront demain sur les étagères de Best Buy sous le nom de Meta Glasses Pro. Votre regard deviendra un curseur, votre voix une commande, votre attention une denrée. La guerre sert de bac à sable pour normaliser la surveillance biométrique. Pendant que vous portez vos futures lunettes connectées capables de lire vos émotions, rappelez-vous qu'elles ont d'abord servi à ordonner des frappes. Confortable, non ?
Et les régulateurs dans tout ça ?
Le Pentagone applaudit, la FTC regarde ses chaussures, et le Congrès s'extasie sur les emplois. Personne ne pose la question éthique fondamentale : avons-nous vraiment besoin de rendre la guerre plus « efficace » ? La guerre n'est pas un problème d'UX. C'est une horreur que la technologie accélère sans jamais la rendre plus juste. Mais Anduril et Meta ne vendent pas de la justice, ils vendent du killing-as-a-service. Et ils le font avec le même sourire commercial que Zuckerberg quand il lance un nouveau réseau social. Le futur de la guerre est arrivé : il ressemble à un jeu vidéo, mais les game over sont bien réels.
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