Encore une startup qui promet de sauver le monde avec de l'IA, alors que ses fondateurs viennent de l'entreprise qui a transformé nos boîtes mail en dépotoirs publicitaires. AegisAI, fondé par des ex-Google Security execs, vient de lever 36 millions de dollars pour lutter contre le spear phishing piloté par l'IA. Le communiqué de presse est un chef-d'œuvre de novlangue : des "agents IA" qui analysent chaque message comme un humain, en repérant des anomalies que même la checklist la plus élaborée ne verrait pas. Traduction : ils ont inventé un détecteur de fautes de frappe version 2024, mais avec du capital-risque.
Les anciens de Google : le loup dans la bergerie numérique
Ces fameux "experts" viennent de Google, l'entreprise qui a fait du pistage de masse son business model, qui a laissé fuiter les données de 500 millions d'utilisateurs (souvenez-vous Google+, 2018), et qui a servi de tremplin à la moitié des startups de la Silicon Valley qui prétendent aujourd'hui "réparer" ce qu'elles ont contribué à casser. Les co-fondateurs d'AegisAI, John Smith et Jane Doe (les noms ont été changés pour éviter un procès en diffamation), étaient responsables de la sécurité chez Google pendant que des armées de bots claquaient des portes dérobées dans Gmail. Soudain, ils ont eu une révélation : et si on utilisait l'IA pour détecter les attaques par IA ? Génial. Comme utiliser un flamethrower pour éteindre un incendie.
36 millions pour réinventer le filtre anti-spam ?
Regardons les chiffres : 36 millions de dollars levés en série A, valorisation non divulguée mais probablement gonflée à l'hélium. Pour faire quoi ? Un logiciel qui analyse les e-mails et les messages Slack pour trouver des incohérences. Les fondateurs expliquent que leurs agents IA "imitent le raisonnement humain" et détectent les anomalies subtiles. Autrement dit, ils ajoutent une couche d'IA au-dessus de l'IA malveillante. Une course aux armements où les deux camps utilisent les mêmes outils, mais l'un paie des salaires à 300k$ par an et l'autre opère depuis un sous-sol à Moscou avec 200$ de GPU. Vous voulez parier sur qui gagnera ?
Pendant ce temps, les vrais problèmes restent : le spear phishing exploite la crédulité humaine et les failles systémiques (authentification faible, mauvaise hygiène numérique). Mais non, plutôt que de former les utilisateurs ou de sécuriser les protocoles, on va balancer des millions dans un SaaS qui promet des miracles. Le marché de la cybersécurité est un buffet à volonté pour les VC : en 2023, plus de 22 milliards ont été investis dans des startups qui vendent des solutions à des problèmes qu'elles ont elles-mêmes créés.
Le vrai problème : l'IA qui crée le phishing est la même que celle qui le détecte
Les grands absents du communiqué : les modèles de langage comme GPT. Ce sont eux qui permettent de générer des messages parfaitement crédibles, sans fautes, en imitant le style du PDG. AegisAI prétend détecter des "anomalies subtiles" – mais quand l'attaque est calibrée sur les données volées de LinkedIn, Facebook et Google Workspace, il n'y a plus d'anomalie. L'attaquant connaît déjà votre dernière réunion, votre fournisseur préféré, et le prénom de votre chat. La seule anomalie, c'est que des ex-Google prétendent nous sauver avec l'outil même qui nous a foutus dans la merde.
Bien sûr, les médias tech vont gober l'histoire : "une révolution" , "des fondateurs brillants" . Mais nous, on sait. On sait que derrière chaque startup de cybersécurité hype se cache un problème non résolu. On sait que les 30% de réduction des attaques annoncés en bêta sont statistiquement insignifiants (n=50 clients pilotes, durée 3 mois). On sait que le jour où un vrai APT frappera, l'agent IA d'AegisAI servira surtout à justifier un nouveau round de financement.
Alors à tous les CTO qui envisagent de signer un contrat à 100k€ par an pour cette solution : économisez votre fric. Investissez plutôt dans une boîte de donuts pour sensibiliser vos équipes. Au moins, les donuts ne vous vendront pas un mensonge en boîte.