Le dernier miracle de l'auto-école du succès s'appelle Gohar Khan. Ce jeune homme de 2021, issu d'une petite ville et premier de sa famille à tenter l'université, a découvert le filon le plus lucratif du siècle : prétendre savoir comment entrer dans les grandes écoles. Son secret ? Une caméra, un sourire, et l'art de dire des évidences avec un sérieux de Premier ministre. Dix millions de followers, dites-vous ? Dix millions de moutons, plus probablement.
Le parcours du combattant version fast-food
Gohar a vécu l'expérience de la première génération. Du coup, il s'est dit : pourquoi ne pas monétiser cette angoisse existentielle ? Résultat : sa chaîne YouTube, Gohar's Guide, débite des conseils aussi prévisibles qu'un bulletin météo. "Faites vos recherches", "choisissez une matière qui vous passionne", "le bénévolat développe des compétences". Ah. Merci, professeur. On se demande comment les générations précédentes ont survécu sans ces révélations fracassantes.
Mais ne rions pas trop vite. Derrière la banalité, il y a un business model en béton armé. Chaque vidéo est un aimant à clics, chaque clic est une opportunité de sponsor pour vendre des livres ou des coachings privés. Le plus beau ? Le discours reste délibérément flou. Parce que si Gohar donnait une méthode miracle, il n'aurait plus rien à vendre. Il faut donc entretenir la flamme de l'incertitude. Rassurer juste assez pour fidéliser, sans jamais vraiment résoudre le problème. C'est du marketing, pas du conseil.
Le vrai métier : vendre de l'angoisse
Admettons-le. L'admission dans l'enseignement supérieur est devenue un parcours de l'enfer pour de nombreux étudiants. Les places sont chères, les critères opaques, et les parents prêts à payer n'importe quoi pour un avantage. C'est dans cette faille que s'engouffrent des gens comme Gohar. Ils se présentent en sauveurs, mais ils sont en réalité des parasites de l'incertitude. Chaque question que se pose un lycéen est une pièce qui tombe dans leur poche.
Ce qui est le plus consternant, c'est le culot de se présenter comme un mentor alors qu'il n'a aucune formation en orientation, aucune expertise en psychologie, aucun recul. Ah, mais il a un iPhone et un compte en banque garni. Dans le temple du capitalisme numérique, la confiance se mesure au nombre d'abonnés, pas à la compétence. Gohar est le produit de ce système dégénéré, où l'on croit que le succès médiatique est une preuve de légitimité.
Et les médias traditionnels, dans tout ça ? Ils sont aux premières loges pour relayer ces nouveaux gourous, sans jamais vérifier leurs dires. "Gohar Khan aide les étudiants" : c'est le titre racoleur de certains journalistes qui confondent viralité et vérité. Personne ne demande les résultats concrets de ses protégés. On ne compte pas combien de ses followers ont réellement intégré une université prestigieuse. Non, on se contente de vanter les millions de vues. C'est l'aveuglement de l'audimat.
La recette : zéro méthode, cent pour cent de storytelling
Observez bien la structure de ses vidéos. Trois minutes de blabla sur son propre parcours, deux minutes de "conseils" interchangeables, et une invitation à filer vers le lien dans la description. Le tout enrobé d'un titre accrocheur du type "3 faits que les adcoms vous cachent !". C'est du divertissement déguisé en pédagogie. Ce n'est pas de l'aide, c'est du contenant pour des publicités.
Pire : les vrais étudiants qui échouent à l'admission peuvent se sentir encore plus nuls. Si tu ne réussis pas, c'est que tu n'as pas écouté Gohar correctement. La responsabilité individuelle devient la seule explication. Merci pour la pression. C'est exactement le genre de culture toxique qui fleurit sur les réseaux sociaux, et que ce jeune homme, avec son air d'étudiant modèle, contribue à renforcer.
Alors oui, Gohar Khan a réussi son coup. Il a transformé son désarroi personnel en marque florissante. Mais ne l'appelons pas mentor. C'est un businessman, un très bon businessman. Et pendant que les étudiants révisent leurs QCM, eux, il révise ses tarifs. Qui a gagné au change ? À vous de voir.
Une dernière chose, Gohar. Si tu lis ces lignes : sache que le vrai conseil pour bien réussir à l'université n'est pas dans une vidéo. C'est de travailler dur, de lire des livres, et de ne pas écouter les types qui se filment en train de te donner des conseils. Bonne continuation.